Catégories
Jardinons

Faut-il monter des buttes au jardin ?

 

Ce nouvel article propose de nous intéresser à la mise en place de buttes permanentes pour jardiner. En effet, il est souvent question de buttes sur ce blog : j’en ai parlé dans l’article évoquant les travaux de Jacques Hébert et Jean Marie Lespinasse et tous les jardiniers de reporter qui ont à ce jour contribué (Jacques, Loïc, Claire et Gilles) cultivent sur buttes. Certes ces buttes sont de nature très diverse: ados, carrés, ou buttes « Jacques Hébert » et leur fonctionnement sont très différent (je mets ici volontairement de côté les buttes lasagnes qui sont plus une culture « hors sol » dans la matière organique et qui ne nécessitent pas de bouleverser le sol). A côté de cela, certains jardiniers sol vivant (dont moi même) restent attachés aux cultures à plat. Vous l’aurez donc d’ores et déjà compris, faire ou ne pas faire des buttes n’est pas une règle du jardinage sol vivant. En effet, des buttes permanentes, paillées et non travaillées permettent à la vie du sol de s’exprimer pleinement, de même qu’une culture à plat effectuée dans les mêmes conditions.

Toutefois, il me semble qu’une réflexion préalable à ce travail de terrassement est nécessaire: en effet, réaliser des buttes demande un travail assez lourd qui perturbe fortement les équilibres biologiques du sol et les reins du jardinier! En ce qui me concerne, je reconnais que, pour le moment, les nombreux avantages des buttes mis en avant dans la littérature et sur le net ne m’ont pas convaincu pour passer à l’action. Parmi ces avantages voici ce qui est souvent mis en avant : légère augmentation de la surface cultivé, meilleur drainage en période humide, meilleur confort de jardinage (on peut travailler assis), vision au raz du sol facilité, ce qui offre un nouveau point de vue sur le jardin, plates bande plus faciles à préserver du piétinement… A mon avis, le principal avantage d’une butte sur une culture à plat dans le cadre d’un jardinage basé sur le respect de la vie des sols vient du travail du sol initial qui libère dès la première année de grandes quantités de nitrates dans le sol et donc permet d’avoir de jolis rendements tout de suite, contrairement à ce qui s’est passé dans le jardin de mes parents.

Alors buttes ou pas buttes ? Cette question n’a bien entendu pas de réponse définitive, mais je vous propose ici quelques éléments de réflexion.

Une observation de votre sol avant mise en culture est indispensable : si celui-ci est déjà bien actif sur le plan biologique, type sol de prairie ou sol de sous bois, ou même de certaines pelouses gérées correctement (tonte en position haute, mulching depuis plusieurs années) mieux vaut partir sur l’existant et commencer directement par un jardin à plat, ce d’autant plus qu’avec la minéralisation d’automne, même si vous jardinez bio, vous risquez de libérer énormément de nitrates dont une partie sera lixiviée vers les nappes phréatiques. Si en revanche vous partez d’une terre travaillée lors des années précédentes, ou d’un sol de remblai, bref de quelque chose où la matière organique est rare, de même que l’activité biologique (comme cela a été le cas pour Jacques et Loïc), alors pourquoi pas se lancer dans l’aventure du jardin sur buttes ?

Une autre piste de réflexion concerne les utilisateurs du jardin, il est incontestable que pour des personnes âgées ou souffrant du dos, un jardin en butte sera bien plus confortable à entretenir mais encore faut-il que les buttes soient montées, ou qu’il y ait quelqu’un à disposition pour le faire, sinon ce n’est pas le chantier de mise en place qui va soulager les maux de dos !

L’humidité du terrain est également un facteur clé, il est clair que si votre sol est régulièrement engorgé en eau, le montage de buttes aidera à mettre les racines de vos légumes d’hiver en zone de sol aéré, ce qui favorisera certainement leur développement !

Et vous, qu’en pensez vous ? Donnez nous votre avis dans les commentaires, dites nous pourquoi vous avez choisit de cultiver avec ou sans butte ! Et bien sûr pensez à répondre au sondage !

L’article suivant : Un jardin oui, mais lequel ? écrit par Jacques Subra, comporte de nombreux éléments de réponses à cette question !

Catégories
Lecture d'ouvrage

« Mon Jardin Paradis » de Gilles Leblais

Je n’avais pas encore refais de chronique sur la lecture d’un ouvrage depuis celle de cet hiver sur « collaborez avec les bactéries et autres micro-organismes du sol » de Lowenfield et Lewis. Alors je corrige un peu cette lacune en vous présentant un très beau livre sortit cette année : « Mon Jardin Paradis » de Gilles Leblais, paru aux éditions Terre vivante.

Ce qui apparaît en premier à la lecture de ce livre c’est la beauté des textes et des photos. En effet, l’auteur, photographe naturaliste et observateur sensible de la nature n’a de cesse d’exprimer son amour des animaux et des milieux naturels qui l’entoure, que ce soit à travers l’objectif de son appareil photo ou à travers sa plume d’écrivain poète. En plus, non content de nous révéler un beau livre, il nous propose un contenu passionnant que je vous invite à découvrir brièvement ici.

Il nous amène d’abord dans les différents milieux que Gilles Leblais constitue dans ses jardin afin d’attirer la faune sauvage pour le plus grand bonheur du naturaliste qu’il est. C’est ainsi qu’il nous fait visiter successivement ses haies et bosquets, ses vieux bois, sa mare, les vieux murs et le cabanon du jardin, la pelouse fleurie et enfin son compost et son potager. Pour chacun de ses milieux, il nous explique les animaux qu’il attire, leur rôle dans l’écosystème de son jardin et des conseils pour créer et entretenir ces milieux.

De tous ces milieux les premiers que nous visitons avec lui sont ses formation arborées (haies et bosquets) composées de préférence d ‘essences locales et qui représentent à la fois un habitat et un garde manger pour de nombreux animaux tels que des oiseaux, des mammifères, des insectes… Le choix des essences est bien entendu primordial, de même que la plantation qui doit être soignée. L’auteur nous propose de nombreuses indications à ces propos (si vous souhaitez approfondir encore plus le sujet, vous pouvez vous référer au livre de Bernard Gambier  » Haies champêtres : La nature au jardin «  aux éditions De Vecchi).

Au sein même de ces formations arborées, un milieu est tellement important qu’il mérite un chapitre à lui tout seul, il s’agit des vieux bois, des bois morts et des branchages, vous savez, ceux qu’on brûle dans la plupart des jardins parce qu’il paraît que ça fait sale… Pour le jardinier « sol vivant », il est bien évident que le bois mort sous toutes ses formes a sa place dans le jardin puisque les arbres creux sont un habitat qui attire les pics, les chouettes… que les tas de branches sont un abri pour de nombreux mammifères (hérisson, musaraignes…) et insectes…

Ces deux premiers milieux de vie ont l’avantage de se former tout seuls avec la présence des arbres, il n’en est pas de même avec la mare qui est pourtant un habitat d’une grande importance dans un jardin vivant puisqu’il abrite toute sorte d’animaux dont de nombreux auxiliaires de culture (crapauds, grenouilles, tritons, libellules, couleuvres…) qui consomment les ravageurs de votre jardin. Les oiseaux apprécient aussi particulièrement la présence d’eau qui leur permet de désaltérer et de se baigner. En plus il s’agit d’un élément particulièrement esthétique du jardin à condition que les plantes qui l’habillent soient choisies et implantées avec soin. Là encore l’auteur vous accompagne dans cette création (il a d’ailleurs également écrit l’année dernière un livre spécifiquement dédié à ce thème : « j’aménage ma mare naturelle », également aux éditions Terre Vivante).

Que dire des vieux murs et du cabanon de jardin ? Sinon qu’il s’agit encore de milieux particulièrement propice à certains animaux. Les vieux murs et les tas de pierre attirent toutes sortes d’animaux qui apprécient les milieux secs, comme certaines araignées, lézards et de nombreux oiseaux et mammifères. L’hermine par exemple apprécie les murets comme poste d’observation pour guetter ses proies. Quant au cabanon, il voit s’inviter oiseaux qui y nichent comme les hirondelles, les troglodytes, ou les rouges-gorges. Les mammifères (hérissons, musaraignes, martres, et même renard) apprécient également ce refuge et y élisent facilement domicile !

La pelouse en prairie fleurie, nous en avons bien sûr déjà parlé sur ce blog (voir article sur la gestion différenciée) et bien sûr, il s’agit là d’un point commun entre Gilles Leblais, moi et la plupart d’entre vous ! Il nous apprend ici que les hautes herbes sont le refuge d’araignées remarquables (argiopes, épeires, pisaures). Contrairement à mon approche dans laquelle je me contente de gérer ce qui pousse, l’auteur nous propose ici également d’ensemencer la pelouse-prairie avec des espèces de fleurs champêtres qui nous semblent manquer.

A propos du potager, l’auteur nous amène directement visiter son tas de compost en nous indiquant comment le réaliser. Un des aspects qu’il aime dans le compost est sa capacité à attirer toute une vie microbienne bien sûr, mais aussi animale, jusqu’à des crapauds et des couleuvres, ces dernières venant y pondre leurs œufs. Dans le potager proprement dit, où il fait grand usage des extraits de plantes (macérations et infusion), il cultive avec les légumes tout un mélange de fleurs aux qualités tant ornementales qu’utilitaire en raison de leur action répulsive sur certains ravageurs.

La suite de l’ouvrage vous amène plus en détail à la découvertes des hôtes de son jardin et de possibles aménagements pour les attirer. Les oiseaux tout d‘abord, Gilles Leblais étant ornithologue depuis plus de trente ans, il est bien normal qu’ils soient les premiers à être mis en avant ! Les oiseaux ont deux grand types d’alimentation principaux : insectivores, comme les pics, les mésanges, les roitelets, les merles et les grives ou granivores et frugivores, comme les pinsons, les verdiers ou les chardonnerets. Les granivores et frugivores de l’hiver sont souvent aussi insectivores à la belle saison.

Toute sorte de « bêtes à poil », occupent son jardin, il s’agit du monde des mammifères : musaraignes, hérissons, mulots, écureuil, hermine, fouine, martre, blaireau, renard et même chevreuil, sanglier, lapins et lièvre qui sont pourtant souvent fort mal considérés par les jardiniers. En revanche, d’après l’auteur, chien et chats n’ont pas leur place dans son jardin vivant en raison de la prédation excessive qu’ils effectuent sur certains mammifères, oiseaux, reptiles et papillons.

Les reptiles dans toute leur diversité sont également les bienvenus : les lézards bien sûr (lézard des murailles, lézard vert, orvet…) mais aussi les serpents. Parmi ceux-ci les différentes couleuvres de nos régions (couleuvre à collier, couleuvre d’esculape, coronelle…) sont parfois observées dans son jardin, ainsi que, mais de façon exceptionnelle, des vipères (il a observé une seule fois une vipère aspic en de très nombreuses années de jardinage).

Il nous fait ensuite visiter le monde fascinant des insectes : les papillons, qu’il surnomme joliment les chorégraphes de l’azur, les abeilles sociales ou solitaires (comme les osmies chères à Jacques 😉 ) , les bourdon, les syrphes, mais aussi les mal-aimés guêpes et frelons, qui sont pourtant les bienvenus dans son jardin.

Vient alors ce qu’il nomme le petit peuple de l’herbe, il s’agit là de toute une cohorte d’insectes divers et variés (coléoptères, fourmis, criquets, grillons, sauterelles, mantes religieuses…), d’araignées et aussi de notre chère pédofaune qui m’est bien plus familière !

La nuit, enfin, son jardin devient le domaine de chauves souris et des rapaces nocturnes, y compris les fascinants hibou grand duc et chouette effraie (la dame blanche).

Pour tous ces animaux, l’auteur nous propose de nombreux plan pour leur confectionner des nichoirs, des abris… avis aux bricoleurs !

Voilà donc pour la succincte présentation de ce livre qui donne du baume au cœur tant il est empli de l’amour du vivant et tant il nous offre d’idée pour prendre soin de la nature au quotidien, dans son jardin ! Une belle leçon d’humanité au final !


Gilles Leblais 2011, mon jardin paradis. Ed. Terre Vivante: lien d’achat