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Un peu de théorie

Minéralisation d’automne et fuite de nitrates

Les pluies reviennent sur l’ensemble de la France et les sols encore chaud sont prêts à libérer dans le sol, voire dans les eaux souterraines, les nitrates qu’ils contiennent. Ce phénomène concerne tout le monde : jardinier ou agriculteur, bio ou non-bio !

De quoi s’agit-il exactement ?

Les sols encore chaud au sortir de l’été (même si l’air est déjà bien froid dans certaines régions) et s’humidifient avec les pluies d’automne, favorisant ainsi une stimulation de l’activité bactérienne du sol, ce qui a pour conséquences de détruire une partie de la matières organique du sol en ses composés minéraux simples (eau, gaz carbonique, azote minéral, phosphate…). Ce phénomène est justement appelé minéralisation et l’azote minéral est essentiellement sous forme de nitrates. La minéralisation d’automne libère en moyenne 60% des nitrates minéralisés dans l’année. En sol nu, ces nitrates sont en grande partie emportés par les eaux d’infiltration vers les nappes phréatiques et nous nous retrouvons avec un double handicap : perte d’une partie de l’azote du sol qui ne profitera pas aux cultures suivante et pollution des eaux souterraines…

Alors que faire pour éviter ce phénomène ?

Tout d’abord, comprendre ce qui le stimule : plus un sol reçoit d’oxygène, plus la minéralisation, et donc la libération de nitrates, est intense., c’est pourquoi les labours d’automne ont un impact terrible sur la fuite de nitrates vers les nappes phréatiques. C’est aussi pour cela que le travail du sol lié à la création de buttes stimule la libération de ces mêmes nitrates (ceci répond à la question contenue dans le commentaire n°24 de Claude dans l’article sur les buttes), surtout si elle est montée à l’automne. Mais même si elle est montée au printemps, remuer la terre stimule la minéralisation et la libération de nitrates, ce qui favorise alors la croissance de la culture.

Donc une fois de plus, le semis direct est une solution nécessaire. Cela dit, nécessaire, oui, mais pas suffisante, car même non travaillé, le sol minéralise, moins qu’un sol travaillé, mais il minéralise quand même ! Il nous faut donc des outils complémentaires pour limiter encore plus, voire supprimer les fuites de nitrates.

Deux possibilités pour cela :

– La première c’est d’amener du carbone au sol pour fixer cet azote qui s’apprête à fuir, cette solution consiste tout simplement à amener des matières organiques riche en carbone, comme du BRF, mais aussi des pailles, ou encore des feuilles mortes. La décomposition de ces matières organique nécessite beaucoup d’azote qui se trouve justement en grandes quantité dans le sol en ce moment ! C’est une des raison pour lesquels on conseille d’apporter les BRF à ce moment sur le potager.

– La seconde c’est de mettre en place des plantes qui prélèvent cet azote au fur et à mesure qu’il est libéré, ces plantes sont tout simplement soit des cultures d’hiver, soit des couverts végétaux, cf. mon article précédent pour plus de détail sur le sujet. Ces outils sont décidément incontournable pour une gestion biologique de votre sol !

Alors bon BRF et bon semis de cultures et couverts hivernaux !

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Jardinons

Couverts végétaux et cultures d’hiver

Les journées raccourcissent, les températures fraîchissent, les érables virent au rouge et les plaqueminiers à l’orange, le potager donne ses dernières tomates, les courges sont récoltées… Oui, pas de doute, nous sommes en plein cœur de l’automne qui nous amène tout doucement à la période hivernale. Est-ce à dire que la saison du jardinier est terminée ? Pour ceux qui vivent dans des climats rigoureux, peut être, mais pour la plupart d’entre nous certainement pas ! Au contraire, c’est le moment de basculer du potager d’été vers le potager d’hiver !

Concrètement qu’est ce que cela veut dire ? Tout d’abord, c’est le moment de couper les légumes qui ont fini de donner (attention, j’ai bien dit couper et non arracher !) et de laisser leurs tiges et feuillage soit sur place, soit entassé en andain sur la pelouse pour préparer un agrandissement du potager en vue du printemps prochain. S’il reste des tomates vertes sur les pieds, récoltez les et laissez les mûrir dans des cagettes dans votre maison.

Mise en andains des résidus de tomates et cucurbitacées coupés pour laisser la place à des cultures et des couverts végétaux d’hiver. L’andain formé permet de préparer une nouvelle parcelle de potager pour l’année suivante.

Ensuite, il s’agit d’ensemencer les planches laissées libérées de leurs cultures d’été. Pour ce faire plusieurs solutions : soit on cultive, soit on sème un couvert.

Si on choisit de cultiver, ce sont des plantes résistantes au froid qui seront adaptées , comme de légumineuses (fèves, pois…), des épinards, de laitues d’hiver… Oui, je sais, en ce qui concerne les pois, c’est écrit sur les sachets de graines qu’il faut les semer en février-mars, mais, en tous cas dans le Gers, ça marche beaucoup mieux en semis d’automne ! Cette année, je vais essayer la même chose en Sud-Ardèche où j’ai aménagé en juin dernier. Si vous êtes dans d’autres régions de France, d’Europe ou du monde, faites nous part de votre expérience ! Toujours à propos des pois, notez que les pois fourragers, contrairement à ce que leur nom laisse penser, ils sont tout à fait savoureux et en plus très productifs. Pour tuteurer les variétés demi-rame (pois fourrager, pois mangetout…), il suffit de semer avec les pois une céréale (orge, avoine, seigle, triticale…). Pour les variétés à rames, ça peut aussi se faire, mais c’est quand même un peu petit comme tuteur !

Culture de pois grimpants tuteurés par un couvert de triticale.

Les planches qui n’ont pas de cultures d’hiver devront recevoir un couvert hivernal, pour cela un mélange de plantes résistantes au froid est adapté. J’avais écrit un article sur les couverts hivernaux en mars dernier, ce qui suit en est en quelque sorte la suite.

Dans le jardin gascon de mes parents, cette année, nous allons tester un mélange d’avoine, bourrache, moutarde, fèverole et vesce. Le choix des plantes est très vaste, outres les cinq espèces cités juste avant, on peut essayer : radis et navets fourragers, phacélie, graminées diverses (seigle, orge, triticale…), fénugrec, minette, lin, trèfle incarnat (lui il faut le semer dès septembre, c’est donc déjà trop tard)… Il est intéressant d’associer des plantes ayant des propriétés complémentaires. Par exemple dans le mélange que nous allons tester dans le jardin gascon :

–           l’avoine et la moutarde forment beaucoup de biomasse rapidement dès le mois de mars et leurs systèmes racinaires sont complémentaires : pivot puissant pour la moutarde (ainsi que pour l’ensemble des brassicacées) et réseau de racines fasciculées pour l’avoine (ainsi que l’ensemble des graminées), ce qui a un effet très positif sur la structure du sol ;

–          la bourrache couvre le sol, donc devrait (nous l’espérons) être précieuse pour contrôler la pousse de la potentille et autres adventices vivaces ;

–          enfin, la fèverole et la vesce, sont des légumineuses capables de fixer plusieurs dizaines, voire centaines de kilos d’azote qui seront un engrais d’excellente qualité pour les cultures qui vont suivre !

Pour le semis, un sarclage de la planche suivit d’un simple semis à la volée enfoui au râteau suffit dans la plupart des cas, sauf pour les plus grosses graines, notamment la fèverole qui apprécie d’être enfouie plus profondément (5 à 10cm), ce qui peut être fait à la main graine par graine sur de petites surfaces.

On me demande souvent où se procurer les graines, en ce qui me concerne, je me fourni chez Terre d’Humus, qui possède la plupart des plantes cités ci-dessus.

Voici une petite galerie photo de quelques plantes de couverture à implanter maintenant (fénugrec, vesce commune, avoine noire, moutarde blanche, phacélie + fèverole, radis fourrager :

Et vous, avez-vous ou allez-vous implanter des cultures et des couverts d’hiver ? Si c’est le cas, dites nous quelles espèces, quand et comment les semez-vous ?

Bon semis d’automne !

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Un jardin, oui, mais lequel? Par Jacques Subra

Au mois d’avril Jacques nous avait offert un article richement illustré sur le jardin qu’il cultive depuis 30 ans dans les Hautes Pyrénées. Revoici une contribution de sa part concernant son expérience à propos des buttes au jardin. Étonnante coïncidence, car cela propose une excellente suite à mon dernier article! (Non, non, nous ne nous étions pas concertés avant, Jacques m’a proposé un article sur ce thème au moment même où je postais l’article précédent). Mais laissons la parole à Jacques:

Depuis quelques années, on assiste, et heureusement, a une généralisation du jardinage biologique surtout chez les jardiniers amateurs. Vous connaissez mon parcours, j’en ai parlé dans le premier article publié sur ce blog, je pense avoir assez de recul pour comparer les différentes méthodes de jardinage qui fleurissent (sans jeu de mots!) dans toutes les revues ou sous forme d’ouvrages divers et variés.

Le jardinier débutant est confronté a un choix si vaste qu’il ne sait quelle voie choisir. Pour parodier une célèbre émission de télé « j’ai pas tout essayé mais presque » aussi voici mon point de vue issu de mes expériences.

En préambule , je précise qu’en aucun cas je ne critique telle ou telle méthode. J’ai trop de respects pour tous ces chercheurs et expérimentateurs qui consacrent leur vie a l’amélioration des techniques culturales et je n’ai aucune légitimité pour les juger.

Issu d’une famille terrienne, paysans depuis plusieurs générations, la tradition s’est arrêté par la volonté d’un Père qui n’a pas souhaité que l’un de ses fils continue le travail de la terre. Dans les années cinquante il valait mieux
avoir un « métier » que de faire le Paysan!

Je suis resté un Paysan dans l’âme avec ce que cela comporte d’amour de la nature mais aussi une méfiance viscérale pour toutes techniques culturales nouvelles soi-disant miraculeuses! Aussi, en jardinage j’aime bien tester avant de juger.  L’agriculture s’est construite au cours des siècles grâce a l’élevage et à la fumure des sols par les fumiers animaux et le compost. Les plantes et légumes « sauvages » ont été améliorés pour aboutir a ceux que nous connaissons de nos jours.

Il y a un peu plus de trente ans, j’ai débuté mon jardin sur un terrain vierge et très pauvre versant nord-ouest situé sur un plateau a 400m d’altitude entre Hautes-Pyrénées et Pyrénées-Atlantiques:
Motoculteur pour défoncer le sol, ( très caillouteux, heureusement le motoculteur était costaud, un japonais!!)
Culture a plat, légumes en lignes, que du classique! Quelques années passées a améliorer mon sol avec compostage intensif, puis j’ai découvert Heinz Erven, Gertrud Franck et d’autres et j’ai commencé la culture en légères buttes de un mètre vingt de large avec entre chaque buttes un passage de trente centimètres pour circuler et travailler sans tasser le
sol. J’ai ainsi amélioré nettement les cultures d’hiver ( ail, oignons, fèves , petits pois…) qui souvent pourrissaient par excès d’humidité.
C’était au début des années quatre-vingt. Tout ceci bien sur dans une recherche permanente d’amélioration de mon sol par cultures d’engrais vert, paillage, mûlchs divers et variés.

La rencontre avec des agriculteurs biodynamique et me voilà parti dans l’aventure de la méthode mise au point par Rudolph Steiner. Ont suivi six années a élaborer et appliquer les préparations, expérience très enrichissante avec de très belles rencontres de gens passionnés et très respectueux de la Nature et de la Vie . Trop de contraintes ( brassage
des préparations, jour et heures pour l’application, suivi du calendrier ) ont fait que j’ai abandonné malgré des résultats probants.

En 2006, paraît un article dans la revue du Conservatoire Végétal d’Aquitaine sur « Le Jardin Naturel » de Jean-Marie Lespinasse , j’achète le livre et quelques jours après quatre ados 4m x 1m20 sont mis en place, suivis quelques mois après d’un cinquième de 8mx 1m20.

Enfin en 2010, j’essaye les lasagnes de Patricia Lanza.

Voici mes conclusion sur les avantages et inconvénients de chacune des techniques que j’ai mise en œuvre:

LES LASAGNES

Avantages:

  • Permet de recycler toutes sorte de matières bio-dégradable (cartons, paille, foin, B R F, tontes, fumier, déchets divers et variés)
  • Peut se faire sur tout support ( sol très pauvre, cailloux, et même dalles en béton!) L’intérêt est d’avoir les matériaux disponibles a proximité sinon ça coute en transport et main d’œuvre .

Inconvénients:

  • Il vaut mieux être plusieurs pour la monter car il y a pas mal de travail de manutention.
  • Besoin de beaucoup d’eau pour imprégner la lasagne qui doit être détrempée.
  • La durée de vie est très courte, au bout d’un an une lasagne de trente centimètres d’épaisseur ne fait plus que dix, il faut donc rajouter de la matière.
  • Les résultats sont spectaculaires la première année, surtout avec les légumes feuilles( ceux qui sont friands d’azote) Les pommes de terre aussi ont l’air d’apprécier, au jardin de la Maternelle, on a récolté 18 tubercules sur un seul pied! Mais je suis quand-même sceptique quand a la valeur nutritive des légumes cultivés ainsi. Au vu de la rapidité de croissance et leurs volumes, ils doivent avoir une teneur en nitrates très élevée.

LES ADOS

Avantages:

  • Permet d’avoir une profondeur de terre importante immédiatement surtout quand comme chez moi l’épaisseur n’est que de quelques centimètres avec un sous-sol caillouteux ( et c’est peu dire!!!)
    Facilité d’accès et pas de piétinement du sol.
  • Ressuyage rapide l’hiver et en période de pluie prolongée.
  • Réchauffement plus précoce au printemps.
  • Lutte efficace contre les parasites et les maladies, la diversité des légumes et fleurs, le mélange, le nombre restreint de plants par variété réduisent de façon importante le risque d’attaque parasitaire. Occupation permanente du sol, sitôt un légume récolté un autre prend sa place.
  • En été les allées conservent l’humidité et quand tout est bien composté je remet sur les ados.

Inconvénients:

  • Si le sol se ressuie plus vite il s’assèche aussi rapidement donc besoin d’arrosages fréquent et si on laisse trop dessécher
  • la réhydratation de l’ados est très longue et couteuse en eau.Les allées s’envahissent de plantes indésirables( chez moi: potentille, renoncules, liserons, malgré les semis de trèfle ) j’ai en partie résolu ce problème en mettant mes tontes de gazon divers déchets du BRF et même des copeaux de menuiserie dans les allées (J’ai la chance d’avoir sur place un menuisier d’Art qui ne travaille que le bois Français non traité).
  • Si l’on veut appliquer à la lettre la méthode JM L cela demande pas mal de travail, un suivi quasi journalier, avoir en permanence des plants prêts a repiquer et faire des semis en continu, car c’est toujours en très petite quantité et très dispersé.
  • Le cloisonnement entre les parcelles cultivées est a mon avis néfaste aux échanges, aux flux et a la symbiose qui font un sol vivant.
  • Les limaces et les escargots trouvent refuge dans le moindre interstice entre planches et terre.
  • Durée de vie limité des planches de soutènement.

LES CAISSES

Mêmes avantages et inconvénients que les ados avec dessèchement encore plus important. A réserver a des petits jardins pour cultiver les légumes de bases et les aromatiques.

JARDIN A PLAT ( ou comme chez moi en plates-bandes de 1m20 de large très légèrement bombées avec allée de 30cm)

Le basique, le plus simple en un mot le FONDAMENTAL. Sauf cas exceptionnel ( terrain inondable ou très en pente ) C’est la meilleure façon de jardiner Le jardin n’est pas « figé » au contraire des ados et peut évoluer en permanence
Les flux d’énergie et les « habitants » du sol peuvent circuler sans obstacle. Quant a la pénibilité comparée entre le sol a plat et les ados, je n’y trouve pas grande différence.

Le jardin à plat présente l’avantage de pouvoir cultiver en lignes (pommes de terres, haricots verts, oignons de conserve, maïs avec haricots grimpants etc…) utile quand on veut des quantités importantes pour les conserves.
Le besoin en eau y est beaucoup moins important que les ados ou les caisses.

En conclusion je dirai que toutes ces techniques ont leurs avantages et leurs inconvénients. A chacun de choisir la plus a même de réussir en fonction du climat, du sol de l’exposition de son jardin et de sa sensibilité personnelle.

Personnellement je conserve les trois types de jardin pour continuer mes expériences, mais quand les planches de soutènement seront pourries, je ne les renouvellerai pas et reviendrai au jardin a plat.

Il y a un effet de mode certain, porté par la vague du bio, actuellement les ados sont a la mode, j’y ai moi-même succombé, mais le propre d’une mode est de passer….

Moralité: continuons nos expériences, adaptons-les a nos jardins, et ne croyons surtout pas avoir découvert la solution miracle, elle n’existe pas!