Il y a un an, je vous avais proposé un article sur les flux d’énergie dans les écosystèmes et ses applications pratiques au jardin. Je vous propose aujourd’hui de revisiter ce thème. En nous intéressant surtout à la transmission d’énergie sous forme biochimique de la plante vers le sol.

Pour rappel les végétaux fixent l’énergie solaire qu’il transforment en énergie (bio)chimique, c’est-à-dire l’énergie qui assure la cohésion des molécules organiques qui composent la plante. Cette énergie est ensuite captée par les chaînes alimentaires du sol et progressivement dégradée sous forme de chaleur par les animaux, bactéries et champignons notamment. Mais comment précisément l’énergie biochimique des végétaux est-elle transmise à ces chaînes alimentaires ?

Le premier phénomène qui vient à l’esprit est le broutage par les herbivores, qu’il s’agisse de vache, de chenilles, de pucerons, ou de nématodes. Toutefois, ce flux lié aux herbivores est le plus souvent très faible comparés à ceux qui sont exposés ci-dessous. Nous considérerons donc que la quasi-totalité de l’énergie libérée par les végétaux dans l’écosystème l’est via la vie du sol.

Pour cela trois phénomènes sont à l’action :

  • La litière de surface : les parties aériennes des végétaux (feuilles, tiges, fleurs, fruits) se déposent sur le sol soit après la mort de ces organes, soit suite à une perturbation (vent, grêle, récolte…) et forment une litière, comme par exemple la litière forestière, ce tapis de feuilles et de brindilles qui recouvrent les sols forestiers. C’est dans cette litière que vivent la plupart des champignons et animaux qui se nourrissent de végétaux en décomposition : collemboles, acariens, iules, cloportes, vers de surfaces…
  • La litière souterraine : plus discrète mais pourtant à peu près aussi importante que la première, cette litière reçoit les racines mortes qui se décomposent dans le sol.
  • La rhizodéposition : encore plus discret et trop peu connu, ce phénomène consiste en la sécrétion de composés organiques (exsudats, cellules détachées…) directement dans le sol par les racines vivantes des plantes. Cela nourrit les micro-organismes de la rhizosphère, cette mince couche de sol qui colle aux racines : bactéries, protozoaires, nématodes, champignons… La rhizodéposition correspond en général à 20 à 50% du carbone fixé par la plante et monter parfois à 80%, ce phénomène est donc essentiel à la compréhension du système sol-plante.

Comment reproduire ces phénomènes au jardin ?

Du fait des récoltes, une partie non négligeable de l’énergie fixée par les plantes part directement dans nos assiettes, et c’est tant mieux, c’est quand même le but d’un potager ! Il convient donc de veiller à la reproduction de ces trois flux au jardin :

La litière de surface peut être facilement reproduite, soit en apportant un mulch d’origine externe au potager (paille, foin, BRF…), soit en en restituant au sol le maximum de la biomasse qui y a poussé : résidus de cultures, de sarclage et des couverts végétaux.

La litière souterraine se fait plus naturellement, sauf dans le cas des légumes racines, pour lesquels on récolte la majeure partie de ce qui aurait fournit cette litière. Pour les autres légumes, toutefois, pour que la litière souterraine soit restituée dans de bonnes conditions, il convient de ne pas arracher les plants après la récolte, mais seulement de les couper à la base, et de travailler le moins possible la terre ensuite, idéalement pas du tout !

La rhizodéposition, en revanche se fait à partir du moment où une plante (cultivée ou spontanée) pousse dans le sol. Il suffit donc de maximiser le temps de culture du sol en faisant se succéder le plus vite possible les cultures et les couverts végétaux !

Eh oui, c’est la plante qui fait le sol, seules les récoltes l’épuisent, donc plus on a de plantes qui poussent sur un sol et y retournent suivant ces trois processus, plus on construit son sol efficacement ! En Bref, on a plus de temps mort au potager, seulement des temps vivants !

15 Responses to Les flux d’énergie de la plante vers le sol

  1. cottet pierre (153 comments) dit :

    j’ai semé pour la première fois une planche de trèfle violet avec du maïs et du tournesol . mais en lisant cet article je me dis que je dois généraliser cette pratique en choisissant des engrais verts gélifs pour faciliter le travail au printemps . je cultive en ligne et même si je pratique la rotation les légumes poussent toujours sur la même rangée . mes planches mesures 1m50 et je sème trois rangées espacées de 50 cm .je sème l’engrais vert a la volée de ce fait toute la surface de la planche est colonisée par les racines .reste a respecter la rotation entre l’engrais vert et la culture suivante mais comment faire avec les mélanges d’engrais verts type bio-max

  2. Gilles Domenech (789 comments) dit :

    Salut Pierre,
    Le mieux est de composer toi même tes mélange plutôt que de les acheter tout fait, comme ça tu maîtrises mieux l’intégration du mélange dans ta rotation.

  3. alain17 (22 comments) dit :

    Une erreur impardonnable :
    D’habitude, je fais mon mélange 1/3 de terre de jardin, 1/3 de compost et 1/3 de terreau que j’achète pour effectuer mes semis. Cette année, sans faire attention, j’avais de l’engrais incorporé au terreau. Tous mes semis sont restés chétifs . Le comble, je suis obligé d’acheter mes plants de tomate. J’ai heureusement sauvé les choux et les courgettes en les déshabillant de toute la terre et en les repiquant racines nus en pleine terre . Mes plants faisaient 2cm de haut avec 2 cotylédons.

  4. Marecaux Maria (1 comments) dit :

    Depuis quelques temps, je recouvre mon potager de tous les déchets verts du jardins en hiver.
    Au printemps , tout a quasiment disparu laissant place à un sol meuble avec des semis spontanés que je laisse en place.
    Ensuite , je fais mes semis entre,j’ai remarqué que mes légumes étaient moins malades et qu’également il y avait moins d’attaque de limaces par contre le rendement de mes légumes étaient plus faible.

  5. Marc (131 comments) dit :

    Merci Gilles, excellent article !!!

  6. Bernard (35 comments) dit :

    Bernard Pierre 17/05/2012

    Pour les engrais verts?
    Si je comprends bien,on a un bonus par la décomposition
    des plantes; qui ont grâce à la chlorophylle, le soleil et
    le gaz carbonique fixaient du carbone, qui nous est restitué
    en azote, par les bactéries et les champignons.
    Suis-je dans le vrai?

  7. Natacha (17 comments) dit :

    Bonsoir Gilles,

    Merveilleux article qui fait indirectement l’éloge des cultures sous couvert permanent !
    Suite à ta réponse dans l’article précédent, je nuancerai mes propos en parlant d’un couvert permanent diversifié ( éviter la « monoculture » de trèfle ; en effet diverses espèces peuvent cohabiter, de plus des plantes gélives permettraient de clairsemer le trèfle ,tout en facilitant l’implantation des cultures de printemps…
    A Bientôt
    Natacha

  8. yvonne (5 comments) dit :

    Je commence cete année la méthode Gertrude Franck et lors de la formation, on nous a bien expliqué de ne jamais déterrer les plants de haricots…mais bien de les couper afin de laisser la terre et les racines agir.

  9. FRANCOISE (23 comments) dit :

    J AVAIS PLANTE DES TOMATES elles etaient belles avaient deja des fleurs je les ai planté sur mes sillons ai je mis trop de tonte d herbe toujours est il qu il m en reste 3 sur 24….
    il a gelée aussi …..
    les pomme de terre ont gelées le melon aussi ….
    si bien qu il me reste que 12 tomates sur 30…..
    je vais en ressemer …..
    voila mon temoignage

  10. Léa (19 comments) dit :

    Hello Gilles,

    Super, cet article !
    Dans quelles conditions la rhizodéposition peut représenter jusqu’à 80 % de la captation de carbone ? C’est un chiffre assez extraordinaire.

  11. Bernard (35 comments) dit :

    J’ai semé une raie de maïs.
    A quelle distance dois-je semer, ma raie de haricot grimpant
    pour être au maximum,avec la phase, rhizodéposition?
    Remerciements.

  12. Gilles Domenech (789 comments) dit :

    Etant peu coutumier de cette association, je n’ai pas de réponse définitive à donner, mais à ma connaissance, il n’y a pas de distance minimale à respecter, il me semble même que les amérindiens sèment les haricots dans les mêmes poquets que le maïs!

    • eri (1 comments) dit :

      Oui… c’est l’association des 3 soeurs : le maïs rustique bien sur, les fèves qui utilisent le mais pour tuteur et produisent l’azote pour tout le monde et enfin cucurbitacées locales pour couvrir le sol et limiter l’évaporation. Les 3 graines sont mises ensemble dans un même poquets, l’espacement est lié aux variétés de cucurbitacées en pensant à l’accès pour les récoltes partielles de chacune.

  13. elka (11 comments) dit :

    Merci Gilles pour cet article sur le rhizodéposition, je comprends mieux pourquoi on ne doit pas arracher les plants après la récolte, cette année j’ai dû arracher les plants de tomates pour semer les fèves! en fait j’aurai dû les laisser en place…

  14. […] Elle revient au sol, tout simplement. Donc modifie ses propriétés du fait de la décomposition de cette matière organique par les organismes du sol. Ce retour de matière organique se fait par les trois flux énergétiques que j’ai décrits dans l’article consacré à ce thème. […]

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