Je reprend un article écris en 1993 pour la revue : Du Sol A La Table, en l’actualisant, pour définir les raisons du greffage et comment j’ai appris à greffer.

Dans mon enfance, le Mois de Mars venu, j’accompagnai mon Père le long des haies et dans les bois de notre Ferme Ariégeoise à la recherche de jeunes Francs d’arbres fruitiers pour les greffer. Principalement des merisiers, pommiers, pruniers.

Les chemins et allées de la Fermes étaient bordés d’arbres fruitiers dont nous vendions la production aux épiciers et primeurs des environs, ce qui nous procurait un complément de revenu non négligeable. A cette époque, les Fermes étaient souvent de petites surfaces, en polyculture élevage, et il fallait tirer profit de toutes les productions : animaux, légumes, fruits, céréales, bois…

Dans nos campagnes, beaucoup de savoir-faire, légué de génération en génération, s’est perdu. L’art du greffage en fait partie. Autrefois pratiqué par beaucoup de Paysans, il est de nos jours affaire de spécialistes ou d’amateurs passionnés.

L’hyper spécialisation de l’agriculture, les remembrements des propriétés entraînant la destruction du maillage de haies abritant beaucoup d’arbres fruitiers a fait disparaître quasiment tous les vergers familiaux.

Pourquoi greffer ? Si l’on sème un pépin ou un noyau de fruit, on a une chance infime de reproduire la variété fruitière désirée. Il faut donc greffer en prélevant sur l’arbre que l’on veut multiplier, un rameau de l’année que l’on insère sur un jeune sujet issu de semis ou de marcottage : le porte-greffe.

Il existe plusieurs techniques de greffage et différentes variétés de porte-greffes en fonction de la forme et la vigueur que l’on désire pour l’arbre.

Actuellement ou tout le monde parle de protection de l’environnement, pourquoi ne pas planter des forêts mixtes et des haies fruitières ? La faune sauvage aurait un garde-manger bien garni et le promeneur pourrait se régaler de quelques fruits naturel. La biodiversité serait ainsi enrichie pour le bien de tous.

Dans chaque région de France, il existe des associations pour la sauvegarde et la multiplication des anciennes variétés fruitières. La plus connue est l’Association de Croqueurs de Pommes.

Dans le Sud-ouest, nous avons le CVRA ( Conservatoire Végétal Régional d’Aquitaine) dont le siège et le verger conservatoire se situe a Montesquieu près d’Agen dans le Lot et Garonne. Je suis adhérent et bénévole depuis 1986.

Evelyne Leterme, la directrice et créatrice de ce conservatoire a écris plusieurs ouvrages sur le greffage, la taille, la plantation et l’entretien des arbres fruitiers de variétés anciennes. Divers stages sont également organisé.

Une haie fruitière au conservatoire d'Aquitaine

Depuis 1996, date à laquelle la première haie fruitière a été implantée au verger de Montesquieu, le Conservatoire aide et encourage leur multiplication. Plusieurs haies exclusivement composées de fruitier ont ainsi été implantées dans des vergers conservatoire départementaux ou chez des particuliers. Le principe est d’alterner arbres demi-tige et haute tige avec en intercalaire des fruitiers moins vigoureux que l’on rabat deux fois par ans à un mètre de haut. Les écartements entre arbres tige est de 4 à 5m, les plants de bourrage sont plantés tous les mètres. On utilise toutes les espèces disponible localement pour une biodiversité maximum. Ce genre de haie ne nécessite aucun traitement, l’équilibre parasites-prédateurs s’obtient par la diversité des espèces.

J’espère qu’après cette lecture vous aurez envie d’apprendre à greffer et planter des haies fruitières !

Jacques

16 Responses to Le greffage : pourquoi ? Par Jacques Subra

  1. brigitte (2 comments) dit :

    bonjour, devant m’installer dans le Lot dans quelques mois le sujet m’intéresse et savez-vous s’il existe une association équivalente dans ce département ???? Merci de votre réponse.

  2. Anne (17 comments) dit :

    Bonjour,
    l’article suivant me parait important pour établir l’équilibre. En effet, le greffage a aussi un inconvénient : celui de bloquer l’évolution génétique, entrainant une sensibilité de plus en plus grande aux maladies.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Malus_sieversii
    Extrait :
    Richesse génétique et résistance aux maladies
    Ces arbres sont depuis le début des années 90 étudiés par l’United States Agricultural Research Service, dans l’espoir de trouver des informations génétiques permettant de développer de nouveaux cultivars de pommes répondant mieux aux maladies. Les espèces sauvages cohabitant au Kazakhstan montrent en effet une résistance inhabituelle aux infections3, notamment la tavelure12. Cette réponse face aux maladies est en elle-même une indication sûre que leur génome est bien plus riche que celui de leurs descendants domestiques3.

    Voir aussi et surtout:
    http://www.inra.fr/la_science_et_vous/partager_nos_ressources/images_de_science/documentaires/l_origine_de_la_pomme

    Retrouver le pommier originel et le jardin qui va autour… c’est un peu notre objectif je crois.

    Bonne lecture !

  3. Léa (19 comments) dit :

    Bonjour Jacques, merci pour cet article intéressant.

    Ces haies fruitières donnent effectivement bien envie.
    Je me demandais quels types de fruitiers sont utilisés comme plants de bourrage ? Ils ne sont pas formés du tout à la base, et sont simplement taillés au taille haie comme les buissons habituels ? Ces tailles répétées ne favorisent pas les maladies ? Et à 1 m de haut, ils peuvent produire des fruits ?
    En tous cas, je trouve l’effet visuel très chouette .

    L’autre jour, en me baladant dans les Monts du Lyonnais, je suis tombée sur une ancienne piste bordée de toutes sortes de fruitiers – châtaigniers, noyers, pommiers, poiriers, pruniers, et tous les fruits sauvages mûres, cynorhodon – probablement non loin d’une ancienne ferme. Et comme Jacques, je me suis prise à rêver à des sentiers fruitiers, plantés ou greffés par le promeneur (un peu à la manière de Maurice Chaudière avec ses forêts fruitières).
    C’est fou la joie que ça peut donner.

  4. Yannick (24 comments) dit :

    Bonjour Gilles,

    Article très instructif !!
    Je suis bien d’accord que beaucoup de savoir se sont perdu au fils des années et des générations.

    J’ai entendu parler de la greffe pour la première fois lors d’un stage en jardinage écologique et je me suis dit effectivement qu’il s’agissait d’un bon moyen pour conserver une espèce.

    Je serait bien tenté par l’apprentissage de la greffe mais il me semble qu’il existe différentes méthodes, quelle serait selon toi la plus simple à apprendre ?

    Bonne journée à toi et à bientôt
    Yannick

  5. Marc (131 comments) dit :

    Très bon article !
    En fait on ne greffe plus soi-même car on achète le plus souvent les fruitiers greffés dans les jardineries.
    C’est ce que j’ai fait. Le pb c’est que même les grandes enseignes ne savent pas quel est le porte-greffe. J’en ai parlé récemment avec le responsable des fruitiers de Truffaut.
    Il me disait qu’ils recevaient leurs arbres greffés mais qu’ils n’arrivaient jamais à savoir quel est le nom (ou le numéro) du porte-greffe.
    A++
    Marc

  6. SUBRA Jacques (130 comments) dit :

    Bonjour
    j’aurai du mettre le site du conservatoire ou vous trouverez tous les renseignement: http://www.conservatoirevegetal.com
    @ Brigitte: Le Lot est dans la zone d’activité du Conservatoire Végétal d’Aquitaine.
    @ Léa: Pour le bourrage entre les arbres tiges on met tout ce qui est disponible localement en variétés a faible développement: néflier, noisetier, arbousier, pommiers malus, grenadiers, cognassiers, féijoa, groseillier, cassis……
    Il doivent être taillés la première année pour éviter un trop grand développement racinaire et ensuite 2 fois par an, en fin d’hiver et en début d’été.Ils n’ont pas de maladies dû à la taille. Les arbres tiges ne sont pas taillés, tout au plus un élagage d’entretien ponctuellement.
    @ Yannick: Il existe plusieurs façon de greffer( au moins vingt) mais les plus courantes sont : en fente, en couronne, en incrustation, en coulée, en écusson.
    @ Marc: Il est exact que dans les jardineries le nom du porte greffe est rarement mentionné et pourtant c’est lui qui va déterminer la vigueur de l’arbre et sa compatibilité avec le sol dans lequel il sera planté. Au Conservatoire, le nom porte-greffe est toujours mentionné sur l’étiquette.

  7. cottet pierre (153 comments) dit :

    http://www.dailymotion.com/video/xc914m_plantation-d-un-porte-greffe-mm106_lifestyle . des vidéos pour apprendre a greffer et a planter des arbres a partir de graines .

  8. SUBRA Jacques (130 comments) dit :

    Bonjour
    @Anne: Le rôle du Conservatoire est de sauvegarder les espèces fruitières de variétés anciennes dont beaucoup sont issues de semis et qui ont été conservées par les paysans au cours des siècles.Actuellement plus de mille cinq cent variétés de toutes espèces, recensées en Aquitaine, sont conservées au verger de Montesquieu, certaines sont étudiées pour leur résistance aux maladies et parasites en vue de servir à créer des variétés résistantes.
    Le greffage reste incontournable pour perpétuer et ainsi sauver les variétés anciennes et maintenir une biodiversité maximum.
    Quant au pommier originel et le jardin qui va autour…. ils étaient deux… nous sommes six milliards!!!!
    Bien amicalement et bravo pour ton travail.
    Jacques

  9. Yann LABUCHE (4 comments) dit :

    @ Jacques,

    J’ai visite il y a presque 10 ans le conservatoire d’Aquitaine, en la précieuse compagnie de JM Lespinasse.
    Une version terrestre du jardin d’Eden, ce conservatoire ! Quel travail plus que remarquable !

    J’ai en projet une plantation de verger.
    J’ai deux questions en suspens :
    – quels porte greffes utiliser. (je balance entre PG MM106 et plein vent : le MM106 donne demi tige , 5 m entre deux arbres et le plein vent haute tige, plutôt 9 à 10m entre deux arbres).
    J’envisage aussi les semis de pépin et noyaux, puis greffage, car je pense (à tort ou à raison?) que la transplantation, même soignée, est la plus mauvaise opération que l’on peut faire subir à un arbre.

    – 2° question : le carpocapse. Le verger d’Aquitaine est-il protégé d’une manière ou d’une autre du carpo ? Si oui, comment ? Sinon, as-tu une estimation des pertes ? J’avoue que je suis bluffé de savoir que cette conduite de haie continue induit un état sanitaire parfait.

  10. Gilles Domenech (766 comments) dit :

    Le plus étonnant c’est que le carpocapse et autres maladies sont présentes dans les vergers et pas dans la haie fruitière à quelques mètres de là!

  11. Marc (131 comments) dit :

    Merci Jacques et bonne semaine à tout le monde !

    Marc

  12. Marc (131 comments) dit :

    Je crois qu’il faut souvent rechercher vers les variétés anciennes.
    Je vois mes pommiers royal gala les pommes sont toutes tavelées et pas qu’un peu.
    A++

  13. SUBRA Jacques (130 comments) dit :

    @ Yann LABUCHE
    Bonjour Yann
    Pourquoi ne pas planter un verger en haies fruitières? A ma connaissance ce serait une première.Il faudrait aménager des passages pour passer d’un coté a l’autre des rangées d’arbres.
    L’avantage de la haie fruitière c’est qu’elle n’a pas besoin de traitements si l’on se réfère à l’expérience du Conservatoire. Par contre la protection est efficace dans la haie mais pas dans le verger qui se trouve à quelques mètres seulement. Les auxiliaires ne se déplacent pas. Je ne suis pas un spécialiste, mais à mon avis le fait que les racines d’arbres de différentes espèces se côtoient et se mêlent doit induire une protection réciproque contre les maladies.

    Tu a raison, l’idéal serait de semer des pépins de pommes puis de greffer sur place, mais dans ce cas tu n’aura que des francs de vigueur assez hétérogène qui feront surtout des hautes tiges ( arbres de plein vent) il faut un espacement de 9 à 10m
    Pour avoir des demi-tiges ( l’idéal à mon avis)espacées de 4 à 5m il faut des m106 ou PI80(vigueur entre m9 et m106 valable en sol pauvre)Pour les poiriers, le cognassier est un très bon porte-greffe de vigueur moyenne, Pruniers:p-g jaspi de vigueur moyenne, mise à fruit rapide. Cerisier: p-g maxma, faible, mise à fruit rapide.
    Semer directement en place est assez aléatoire, il faut semer plusieurs pépins et surtout les protéger pour éviter qu’ils soient détruits par les rongeurs ou étouffés par la végétation. Si l’on prend bien soin à la plantation et en plantant des arbres très jeunes, il ne doit pas y avoir de problèmes de reprise. Veiller, si ce sont des arbres a racines nues, à ce qu’elles soient exposées à la lumière le moins possible car cela influence sur la reprise et le développement futur de l’arbre.
    Au Conservatoire, la régulation des carpocapses se fait par la pose de diffuseurs à confusion sexuelle suivi d’un traitement au MADEX PLUS ( spécifique au carpo) ou à la BACTOSPEINE ( insecticide bio)
    Le problème des vergers (ou autres cultures) avec une grande densité de la même espèce, est que les parasites s’installent et il est très difficile de les réguler, surtout si l’on emploie des produits chimiques. Il se produit alors le phénomène de résistance, les nouvelles générations mutent et ne réagissent plus aux traitements.
    L ‘idéal est donc de traiter au minimum, de favoriser les auxiliaires et d’introduire un maximum de BIODIVERSITE.
    @ MARC:Il y a du bon et du moins bon dans les deux ( anciennes et modernes) Il faut faire des choix et veiller à conserver une grande variété génétique, ce à quoi s’emploie le conservatoire

  14. Marc (131 comments) dit :

    @Jacques Subra,

    L’INRA a développé une nouvelle pomme : Ariane qui selon eux résiste bien à la tavelure.
    Cela remonte à plusieurs années et je l’ai goûtée … bof, bof …

    A++

  15. Evelyne Leterme (1 comments) dit :

    Je découvre vos échanges et vos questionnents sur la haie du Conservatoire. Nous sommes encore entrain d’y travailler et allons replanter 6 lignes de notre parcelle ouverte au public avec ce système mais en y appliquant des variantes.
    Pourquoi est-ce que cette haie s’auto protège, nous ne savons y répondre que partiellement. Mais à mon avis c’est le lieu d’interractions complexes qui se mettent en oeuvre tant en partie aérienne que dans le sol.
    En aérien, en utilisant un grand mélange d’espèces et de variétés (la bidiversité est source de résistance aux parasites et maladie), en développant la diversité entomologique (l’absence de traitement favorise l’implantation des parasites sur les plantes qui les hébergent précocemnt et en conséquence l’implantation des auxiliaires), en permettant l’hébergement permanent des insectes par la formation d’un ruban linéraire continu. De fait ces insectes restent sur place et n’ont aucune raison de migrer sur les parcelles voisines. L’ensemble favorise aussi la présence des oiseaux qui consomment des insectes. Et fin du fin l’absence de traitement fongicide développe aussi une microbiologie aérienne qui peut être accentuée par des pulvérisations qui enrichissent ce milieu(brottrunk ou purins de plantes si l’on veut) et qui participent à protéger contre les champignons parasites.
    Il est important de préparer le sol avant plantation de façon à implanter les arbres et arbustes dans un lit aéré, riche en matière organique, hors d’humidité stagnante mais suffisament humide, sol couvert (paillage ou BRF) et qui va s’enrichir par la chute des feuilles, le renouvellement des racines et de la vie du sol (micro ou macro)…
    amitié à vous tous .

  16. feuilledechoux (98 comments) dit :

    Je veux signaler ici le travail d’Anne-Elisabeth Le Boulc’h (Université de Nantes), » La greffe végétale, un problème idéologique ? Approche comparée des travaux de Lucien Daniel et Ivan Mitchourine » cf http://vegetal.hypotheses.org/154 [ cela fait suite à son précédent « La greffe végétale chez Lucien Daniel et Ivan Mitchourine : questionnements, méthodes et résultats comparés », Congrès de la Société Française d’Histoire des Sciences et des Techniques, session « Biologies de l’Est, Biologies de l’Ouest », Nantes, 18-20 mai 2011]

    Je ne l’ai pas lu -c’est très probablement hors de ma portée- : Evelyne Leterme et Jacques Subra – et d’autres…- seront sans doute plus à même de comprendre ce travail(…et d’en rendre compte ?).

    J’ai vu la video de présentation du travail du Conservatoire Végétal d’Aquitaine : les autres conservatoires régionaux sont ils autant engagés que celui-ci dans une recherche/utilisation des paillages/brf/couverts végétaux…?

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