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Cultiver des asperges en sol vivant par Eric Costan

Mon jardin se trouve dans les Côtes d’Armor près de Dinan un peu au dessus de la Rance. À vingt kms de la mer le climat est plutôt doux et frais. Le sol est constitué d’au moins deux mètres de limon en surface et je n’ai pas trouvé l’argile ni la roche qui est un granit un peu ferreux en creusant.
Mon potager à six ans dont trois en sol vivant.  Disons que je composte à même les surfaces de cultures et que je tente de maintenir une population de bestioles de tout types autour.
Je n’arrose qu’au repiquage et pour les semis. Il me reste beaucoup de choses à comprendre et à utiliser plus les engrais verts. J’ai notamment beaucoup de soucis avec les semis sur place. Quand aux limaces….

Les griffes d’asperges sont disponibles en février dans le commerce. On les cultive pour récolter des blanches, violettes ou des vertes et chaque variétés est destinée à un stade de cueillette. Je suppose que les vertes sont des variétés choisies pour un meilleur goût à ce stade de récolte, car toutes verdissent également à la lumière. Le goût me semble pourtant identique. J’avais  pris différentes variétés soldées en fin de saison.

Il faut ouvrir une tranchée d’un fer de bêche et poser les racines avec une petite motte de terre ou un caillou sous le centre. (Il est possible planter une griffe par ci par là, mais comme on oublie où, on plante dessus ensuite) La terre est reposée grossièrement puis chacun choisit son mode de fertilisation pour la reprise.

Les Plants se développent sans interventions pendant quelques années (on peut grignoter un peu quand même! ) Les griffes du commerce sont déjà âgées et peuvent donc être consommées progressivement  deux printemps plus tard.
Je conseille de ne plus recouvrir le sol après un bon gros paillage fait jusqu’à l’automne afin que tout se dégrade. J’emploie des tontes, des foins, des broyats, puis les feuilles mortes. Il reste après les pluies un mulch de cinq à dix centimètres. On peut optimiser ce mulch en cherchant dans les livres les besoins spécifiques de l’Asparagus, mais cela fonctionne bien ainsi et il ne faut plus qu’il reste d’épaisseur au sol en avril (chez moi à Dinan). Le sol doit être comme nu à la sortie des turions.

Sortie des turions au milieu des pissenlits en avril.
Sortie des turions au milieu des pissenlits en avril.
Toujours en avril, les turions un peu plus développés.
Toujours en avril, les turions un peu plus développés.

Il reste des débris, les pissenlits sont là ainsi que quelques graminées, que l’on peut éliminer, mais qu’importe. Lorsque la végétation de mai se fait trop présente, on arrache un peu les premiers liserons mais on laisse les racines des autres plantes adventices qui seront étouffées plus tard et donc seront bénéfiques. Toute cette verdure peut être reposée juste à côté mais pas sur les cultures. Ainsi on repère les sorties qui sont très fragiles, mais c’est surtout le fait de ne pas laisser  les moisissures en contact avec les pousses. Non pour une contamination mais afin de ne pas gâter le goût.

Asperge émergeant d'un mulch de foin : blanche mais au goût terreux.
Asperge émergeant d’un mulch de foin : blanche mais au goût terreux.

J’ai fait l’essai avec dix / vingt centimètres de foins ou de tontes et les pousses restituent un goût terreux. Dommage car elles sortent bien blanches et très tendres du mulch. Peu être est-ce différent une année sans pluie.
Il faudrait peut être essayer avec de la paille, mais la lumière passe.
Les pousses sont donc vertes.
Les belles récoltes se font après une pluie, mais parfois un ou quelques turions se présentent. Croquez les crus  car ils se déploieront  en branches avant le reste de la récolte.
En juin j’ai peur de trop fatiguer la plante et je stoppe la récolte.

C’est alors le moment de disposer un peu de compost pour réactiver très vite le sol et de pailler avec tout ce qui nous tombe sous la main. Les consoudes repoussent à ce moment et j’en couvre allègrement la surface.
Ainsi le sol n’a pas été perturbé et la plante peut stocker ce qu’elle veut quand elle en a besoin.

Je ne connais pas de ravageurs. Un insecte noir pond sur les têtes qui vont se ramifier, mais les dégâts sont minimes.

Pour la cuisson j’ai bricolé une passoire en métal destinée à les maintenir debout dans la casserole pour que les têtes soient  au-dessus de l’eau dans la vapeur.
Les casseroles à asperges sont étroites et hautes. Dès que la pointe du couteau passe à travers la base elles sont cuite. Les plus grosses sont retournées tête en bas une minutes dans l’eau.
Il faut les cueillir au dernier moment bien sûr comme pour beaucoup de légumes afin de garantir un maximum de goût . Comme il n’y a pas de buttage, chaque pousse recoupée pour la cuisson fait dix quinze centimètres maxi.

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Mettre en culture un roncier sans retourner la terre par Pierre Besse


L’article qui suit est issu d’une conversation du groupe de discussion « maraîchage sol vivant ». comme elle répond à des questions récurrentes concernant la mise en culture de prairies ou de friches, il m’a semblé intéressant de vous le partager. Je trouve que c’est un excellent complément à mon article « commencer un potager sol vivant sur un terrain enherbé à l’aide d’un simple mulch »

Pour lire l’ensemble de la discussion, c’est ici.

Je laisse la parole à Pierre Besse, maraîcher au sud de Toulouse et qui a près de 20 ans d’expérience du maraîchage sol vivant !

A mon avis il ne faut certainement pas compter sur une couche de paille, même très épaisse, pour régler son compte à la ronce, ni à aucune plante vivace d’ailleurs. Les chiendents, chardons, liserons, potentilles, etc., traversent allègrement des paillages très épais, et se retrouvent alors tout seuls pour profiter de la lumière et de l’humidité. Si on n’est pas là pour les arracher à mesure, le premier arrivé colonise le terrain en peu de temps.
Avec une bonne couche de paille, il est peut-être possible de calmer la ronce, le temps de faire démarrer une culture vigoureuse et étouffante (tomate tuteurée en hauteur, courge puissante, etc.). S’il s’agit de la ronce tomenteuse (ronce herbacée à tiges rampantes et petites épines), il est peut-être envisageable de mener une telle culture, sans espérer pour autant affaiblir la ronce, qui occupera le terrain à la fin de la culture. S’il s’agit de la ronce commune – grosses tiges dressées et grosses épines -, c’est nettement plus problématique.

Ce qui est tout à fait possible par contre, c’est de cultiver des légumes par-dessus un roncier sans le détruire, juste en le couvrant avec une bâche plastique après avoir fauché à ras (et évacué la ronce fauchée s’il s’agit de la ronce commune, parce que les épines feraient des trous dans la bâche). Si on veut éliminer la ronce pour de bon, il faudra laisser la bâche en place plus d’un an, et peut-être deux ou trois. On peut refaire une culture chaque année en réutilisant les mêmes trous de plantation. La ronce aura tendance à ressortir par les trous de plantation, il faudra l’éliminer systématiquement, aussi pour cette technique il faut préférer des cultures à grand espacement (cucurbitacées, solanacées, à la rigueur choux…).
Avec cette technique on peut supprimer aussi le prunellier et des arbres coupés à ras, sans dessoucher ni arracher.

Et bien sûr il faut une bâche assez solide : pas de film mince type « une saison » (20 microns), mais au moins de la bâche d’ensilage. Les vieux plastiques de serre vont très bien, ils sont très solides et peuvent fonctionner très longtemps. Mais comme ils sont transparents, il faut pouvoir soit les doubler par dessous avec une bâche noire, soit  les couvrir intégralement avec de la biomasse (gazon broyé, bois broyé, foin, paille…) pour les opacifier.

Concernant la fertilité du sol, si la bâche est posée sur une prairie permanente âgée ou sur une vieille friche, en principe on peut faire plusieurs années de culture sans se poser de questions, tant qu’on ne touche pas le sol. Sinon on peut faire un apport de compost ou de biomasse avant de bâcher.
Et penser à poser la bâche sur un sol bien humide, quitte à arroser exprès si le sol est sec.

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Première mission au Togo : qu’y ai-je observé ?


Cela fait bientôt un mois que je suis rentré de ma première mission au Togo et je n’avais pas encore pris le temps de faire un petit topo de ce qui j’y ai observé et qui pourrait bien intéressé tous ceux d’entre vous qui habitent en zone tropicale ou se sentent concerné par ce qui s’y passe !

Tout d’abord merci à tous ceux qui ont contribué via un don sur la plateforme helloasso à ce projet !

Ma première misse s’est déroulé du 4 au 14 mai et était une prise de contact avec l’équipe sur place, avec les partenaire et bien sûr avec les agriculteurs de la zone concernée.

Présentation du canton de Dawlotu et de son agriculture

Voici la situation du village de Tutu chef lieu de la zone d’étude, le canton de Dawlotu (vous pouvez cliquer sur la carte, zoomer, dézoomer vous déplacer…) :

La ville la plus proche est Adéta, à quelques kilomètre plus au Nord. C’est une région peuplée majoritairement de cultivateurs de l’ethnie Ewé. On y trouve aussi des cultivateurs Kabiè originaires du Nord (régio de Kara) et des éleveurs Peul semi nomades. La cohabitation entre éleveurs Peuls et cultivateurs Ewés et Kabiès pose souvent des problèmes.

J’ai visité une vingtaine d’agriculteurs pour découvrir les plantes qu’ils cultivent, leurs pratiques, leurs sols, leurs difficultés et leurs besoins.

Petit entretien-questionnaire avec un agriculteur d'Agoxoe avant de visiter sa parcelle.
Petit entretien-questionnaire avec un agriculteur d’Agoxoe avant de visiter sa parcelle.

Suite à ces visites, j’ai élaboré cette carte des parcelles visitées (cliquer sur la carte pour qu’elle soit plus lisible) :

 

Carte du canton de Dawlotu avec positionnement des parcelles visitées. Carte réalisée avec ABC-Map.
Carte du canton de Dawlotu avec positionnement des parcelles visitées. Carte réalisée avec ABC-Map.

La principale cultures menée dans les bas-fonds est le riz, généralement cultivé entre juillet et décembre et parfois toute l’année dans les périmètres irrigués autour de Tutu.

Périmètre de riziculture irrigué mis en place dans les années 70 aux abords immédiats de Tutu
Périmètre de riziculture irrigué mis en place dans les années 70 aux abords immédiats de Tutu

Sur les zones les plus sèches, sont cultivés couramment le maïs (généralement sur billons), l’igname (sur buttes), le haricot, le gombo, l’arachide, le manioc, le mil et le coton.

Association d'une culture d'ignames sur buttes avec des gombos.
Association d’une culture d’ignames sur buttes avec des gombos.
Association de maïs, haricots et ademe (plante locale utilisée pour cuisiner des sauces typiques de la cuisine togolaise.
Association de maïs, haricots et ademe (plante locale utilisée pour cuisiner des sauces typiques de la cuisine togolaise.
Culture de maïs dans un bas-fond.
Culture de maïs dans un bas-fond.

Le palmier à huile est très présent dans les exploitations, aussi bien dans les bas-fonds que sur les côteaux, souvent asocié à d’autres cultures en sous étage.

La culture du cacao se pratique sous forme d’agroforêts dans les bas-fonds aux abords de Tutu essentiellement.

Agroforêt dans laquelle cacaoyers et palmiers à huile sont cultuvés sous un e canopée de grands arbres de brousse (Kapokers, Terminalia, Albizia...)
Agroforêt dans laquelle cacaoyers et palmiers à huile sont cultuvés sous une canopée de grands arbres de brousse (Kapokiers, Terminalia, Albizia…)

Le maraîchage consiste surtout en la culture de piments verts, d’aubergines, de tomates, et d’herbes pour cuisiner les sauces typiques de la cuisine togolaise (ademe et gboma). Cette année 2016, du fait du manque de pluies en début de saison humide, peu de maraîchage a été mis en place.

Périmètres maraîchers associant aubergines et piments avec du bananier et des haies de manioc.
Périmètres maraîchers associant aubergines et piments avec du bananier et des haies de manioc.

Autour des habitations, on trouve souvent des jardins de cases comportant de nombreux arbres fruitiers : bananiers, papayers, agrumes… sous lesquels sont parfois cultivés des taros.

Culture de taro sous des arbres fruitiers dans un jardin de case à Tutu
Culture de taro sous des arbres fruitiers dans un jardin de case à Tutu.

Les champs sont majoritairement des monocultures avec quelques rares arbres de brousse (karités, rôniers…). Toutefois, il n’est pas rare de voir des agriculteurs qui mélangent plusieurs espèces sur la même parcelle, parfois sous forme d’agroforesterie, dans ce dernier cas, c’est souvent le palmier à huile qui est complanté avec  des cultures annuelles.

Cultures d'ignames et gombos sous des palmiers à huile
Cultures d’ignames et gombos sous des palmiers à huile

Les champs sont généralement préparés par le feu de brousse puis cultivés avec de nombreux intrants, en particulier des herbicides et des engrais minéraux (urée et NPK).

Notons toutefois que des initiatives locales ont permis de mettre en place un certain nombre de pratiques innovantes comme le système de riziculture intensive ou l’utilisation de biofertilisants.

Des sondages de sol ont effectués chez tous les agriculteurs interrogés pour avoir une idée des sols  cultivés et des contraintes éventuelles posées par ces sols. La plupart d’entre eux ont une texture limono-sableuse (parfois plus sablo-limoneuse, parfois un peu argileuse) de profondeur très variable. Les sols sont soit des sols peu évolués sur alluvions sableuses, soit des sols ferrugineux tropicaux.

Analyse d'un profil cultural chez un agriculteur du village d'Agoxoe.
Analyse d’un profil cultural chez un agriculteur du village d’Agoxoe.

Les difficultés constatées

Les principales difficultés exprimées par les agriculteurs sont :

Le manque d’eau.

La difficulté d’accès aux engrais, difficultés qui risque de s’aggraver avec la hausse spectaculaire des prix des engrais cette année.

Le manque de main d’œuvre pour les travaux des champs.

Mes observations me permettent de compléter cette liste avec les problèmes suivants :

Une forte dépendance à la chimie (herbicides et engrais notamment) avec un défaut d’information concernant la dangerosité des pesticides (protections insuffisantes des utilisateurs lors des épandages, traitements en bord de cours d’eau…) ;

Une absence de gestion de la matière organique: celle-ci est détruite par les feux de brousse et les pratiques culturales (travail du sol, fertilisation…) et n’est pas ou peu remplacée. Il n’y a pas de valorisation des effluents d’élevage car ces derniers sont souvent minuscules (quelques bêtes maximum par ferme – chèvres, volailles, parfois moutons), pas d’amendement des parcelles avec des amendements végétaux, pas de compostage. Le seul cas où j’ai observé une gestion de la matière organique est dans une culture d’arachide précédent un riz irrigué : toutes les fanes d’arachide sont épandues sur le sol avant la mise en place de la culture de riz.

Culture d'arachide précédant un riz. Les fanes d'arachide sont incorporée au sol avant la mise en place du riz.
Récolte d’une culture d’arachide précédant un riz. Les fanes d’arachide sont ensuite incorporée au sol avant la mise en place du riz. C’est un rares cas que j’ai observé d’amendement organique du sol.
petit élevage de chèvres nourries avec du mil dans une cour de ferme.
petit élevage de chèvres nourries avec du mil dans une cour de ferme.

Une perte des pratiques traditionnelles, qui utilisaient beaucoup les associations de cultures, au profit de monocultures. Ces associations traditionnelles sont perçues comme étant moins productives par la plupart des agriculteurs.

Sur les plateaux les sols sont souvent relativement superficiels (parfois à peine 20 cm de limon avant d’arriver sur des horizons caillouteux et souvent compacts) ;

Dans les bas-fonds, on observe parfois une compaction de l’horizon hydromorphe ;

Globalement peu d’activité biologique dans les sols. Seuls quelques turricules de vers de terre sont observables ça et là.

Turricule de vers de terre sur un sol à la surface encroûtée par la battance.
Turricule de vers de terre sur un sol à la surface encroûtée par la battance.

Et enfin de grosses difficultés de cohabitation entre les agriculteurs Ewé et Kabiè d’une part et les éleveurs Peuls d’autre part. La divagation des troupeaux entraînant parfois la destruction des cultures et empêchant généralement la mise en place de culture ou de couverts végétaux en saison sèche.

Troupeau de magnifiques vache appartenant ) des peuls. La divagation de ces troupeaux pose de gros problèmes de cohabitation entre éleveurs et cultivateurs.
Troupeau de magnifiques vaches appartenant à des peuls. La divagation de ces troupeaux pose de gros problèmes de cohabitation entre éleveurs et cultivateurs.

Les pratiques à mettre en oeuvre

Pour la suite du projet, j’envisage de proposer aux agriculteurs plusieurs axes techniques à développer :

L’utilisation de l’urine

Afin de remplacer les engrais chimiques, je vais leur proposer l’urine. Contrairement à mes craintes, l’utilisation d’urine humaine comme fertilisant semble tout à fait acceptable pour les agriculteurs de cette région. J’ai même rencontré un agriculteur d’Adéta qui utilise l’urine en engrais foliaire (je suis d’ailleurs quelque peu surpris par cette manière de procéder).

Le rapport du Stockholm Environment Institute de 2011 nous sera d’une aide précieuse.

Améliorer la gestion de la matière organique

Les effluents d’élevage n’étant pas (ou très peu) disponibles, le couvert arboré à préserver, les résidus de cultures broutés par les troupeaux divagant, le choix pour apporter des matières organiques est limité. La ressource la plus prometteuse me semble être des graminées sauvages à croissance rapide dès le début de la saison de pluies (Panicum…). En plus un tel amendement très riche en cellulose serait un met de choix pour nos amis les vers de terre qui font globalement défaut dans les champs…

Au premier plan touffe de Panicum qui pourrait être régulièrement fauchée pour servir d'amendement organique.
Au premier plan, touffe de Panicum qui pourrait être régulièrement fauchée pour servir d’amendement organique.

Planter des haies pour protéger les parcelles des troupeaux

La mise en place de haies denses pour protéger les parcelles des troupeaux permettrait de lettre en culture certaines parcelles beaucoup plus tôt en tout début de saison des pluies (vers février-mars). En plus de cela, la haie diversifierait les productions des agriculteurs (fruits, bois de feu, fourrage…) et présente des avantages agro-environnementaux très intéressants (effet brise-vent, stimulation de la faune auxiliaire, apport de matière organique via les feuilles et les racines…).

De telles haies existent déjà mais se cantonnent à clôturer les habitation ou des champs à l’intérieur des villages.

haie de Glyricidia sepium entourant un champ dans le village de tutu. Les branches de cet arbre sont régulièrement élaguées pour servir de fourrage aux animaux. Notons qu’ici la très faible densité des arbres a obligé à compléter la protection par une barrière de bambous, une plantation beaucoup plus dense (20 à 30 cm seulement entre chaque plant, comme cela se voit souvent autour des habitations) aurait permis d’éviter cela.
Haie de Glyricidia sepium entourant un champ dans le village de tutu. Les branches de cet arbre sont régulièrement élaguées pour servir de fourrage aux animaux. Notons qu’ici la très faible densité des arbres a obligé à compléter la protection par une barrière de bambous. Une plantation beaucoup plus dense (20 à 30 cm seulement entre chaque plant, comme cela se voit souvent autour des habitations) aurait permis d’éviter cet aménagement supplémentaire.

Remise en place de culture associées

Afin d’optimiser l’exploitation de l’eau et des nutriments du sol par les cultures, remettre au goût du jour les cultures associées sera un axe de communication important. J’ai vu des agriculteurs qui continuent d’associer les cultures comme le faisaient leurs parents, mais la plupart a abandonné cette pratique malheureusement. L’agroforesterie, qui est une forme de culture associée, en l’occurrence étagée, est également une voie à explorer, là encore en se basant sur les agriculteurs qui continuent à pratiquer cela, notamment avec le palmier à huile.

Alignements de palmiers à huile à proximité de Tutu dans une rizière qui sera mise en culture en juillet (malheureusement, comme nous pouvons le voir ici, les lignes d'arbres sont désherbées chimiquement.
Alignements de palmiers à huile à proximité de Tutu dans une rizière qui sera mise en culture en juillet. Malheureusement, comme nous pouvons le voir ici, les lignes d’arbres sont désherbées chimiquement.

Mise en place de couvert végétaux

Et enfin, même si c’est probablement ce qui demandera le plus de technicité encore très peu connue des paysans locaux, il faudra explorer les couverts végétaux pour renforcer la fertilité du sol. Pour cela, je m’appuierai sur certains travaux menées par le CIRAD ou d’autres organismes dans des pays voisins. Je trouve par exemple ce travail très intéressant et réalisé dans un contexte similaire à celui de la zone d’intervention : Promotion des systèmes de semis-direct sous couverts végétaux au Bénin : état des lieux, travaux de terrain et perspectives.

Suites à donner au projet

Lors de ma prochaine visite, l’idée sera d’aller à nouveau à la rencontre des agriculteurs pour leur présenter les différentes techniques énumérées ci-dessus, de recenser les agriculteurs volontaire pour mettre en place l’une ou l’autre de ces techniques et ensuite de les accompagner. Cet accompagnement se fera bien sûr avec l’aide des structures partenaires locales (ANVD Togo, ICAT, OCDI).

Et bien sûr, comme les financements sont encore difficiles à obtenir, nous continuons à solliciter votre aide, même un petit don est important, merci d’avance !

https://www.helloasso.com/utilisateurs/oraassociation/collectes/accompagnement-de-groupements-paysans-togolais-vers-l-agro-ecologie

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Jaille Bartas illustre son agriculture du Hérons avec deux petites vidéos


Voilà, tout est dans le titre ! Jaille nous illustre ici ce qu’il pratique dans son jardin du Hérons et qu’il décrit dans son article précédent.

Voici une première vidéo sur sa culture des pommes de terre :

Et une seconde sur sa gestion des mulch :

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Le jardin du Hérons dans les Cévennes par Jaille Bartas

Je vous partage aujourd’hui le témoignage d’un jardinier qui met en culture depuis plus de 20 ans la terre sablonneuse des Cévennes gardoises dans un esprit tout à fait convergeant avec l’approche que je propose dans ce blog.

Vie du sol et amendement 

Le sol est  un organisme vivant. Je ne le travaille pas, c’est lui qui le fait, il se régénère perpétuellement. Par l’ajout de sa propre biomasse due à l’ensoleillement et l’eau.

Les  micro-organismes, champignons:

Je les nourris avec du compost de broussaille et fumier de mouton régulièrement, minimum 2 fois par ans, ce qui permet à tous les levains, levures est spores d’être toujours à fond et particulièrement l’été et de nourrir à leur tour les bactéries, qui nourrissent les vers de terre. Je fais balader ces laboureurs  d’un endroit à l’autre en déplaçant régulièrement des tas de mulch. Laissant la place aux plantations.

De ce fait tous les vers de terre, scarabées labourent et les taupes leur courent derrière.

En surface beaucoup d’araignées, d’escargots, limaces et autres se nourrissent du compost frais produit sur place et empêchent les attaques sur légumes ou du moins les restreignent. Je couvre aussi les semis avec un voile.

Il m’arrive d’arroser en février si le temps est trop sec, pour garder toujours un levain actif.

Plantation de pomme de terre et travail du sol 

J’arrache à 4 pattes la culture précédente, souvent navets ou crucifères qui viennent de fleurir, pour les abeilles; je range à droite et à gauche le mulch et crée un labyrinthe. Ensuite, je creuse un trou de 20 cm (à deux c’est mieux), car je ne butte pas les pommes de terre, et avant qu’il ne se  referme, mon fils y jette une patate germée (tous les 40cm, les allées font 60 cm). Ensuite je me repose.

Trois semaines plus tard, je sarcle un peu la terre autour des pieds et là je ramène le mulch aux cols des patates. En règle générale, je n’ai plus besoin d’y revenir jusqu’à la récolte, sauf pour quelque grande herbe quand les patates sont en fleurs, ce qui permet d’aérer la terre un dernier coup.

Je sème une inter-culture (pois, maïs ou tournesol), souvent des haricots, à 10 cm de profondeur à la place du mulch, ce qui limite l’arrosage et permet à la plante de se nourrir profondément sans buttage, dans une terre qui est restée propre grâce au couvert et bourrée de micro éléments.

Ils naissent à l’ombre des patates  et se mettent en concurrence d’ensoleillement, ce qui active les deux plantes. Et quand ils commencent la fructification à trois mois, il est temps d’arracher les patates, qui elles sont pratiquement en surface et qui ont consommé les résidus de navet. C’est là que je vois la trame du sous-sol créée par les taupes avec qui je travaille.

Leurs galeries sont énormes en fait c’est la seule fois de l’année où je vais en profondeur dans la terre, toujours à 4 pattes, sans outil ou juste une bineuse pour ne pas abîmer les patates.

Selon l’inter-culture, j’en remets une autre à la place (radis, navets, carottes…) En fait étant fainéant de nature, je ne travaille jamais la terre. Elle est toujours en production ou couverte.

Si je me fais gagner par une soit disant mauvaise herbe l’hiver, sur les terrains sans navet ou culture:

Eh bien, je suis content quand il y en a beaucoup car je mets une bâche noire 3 semaines et là quand je la retire tout est brûlé et j’arrache toujours à la main au col les plantes. Je dit que « j’arrache la moquettes ».

Ce qui permet au système racinaire de l’ex mauvaise herbe de rester en place et tenir une structure du sol parfaite.

La culture suivante  prend la place des racines précédentes. Imagine un peu, c’est comme des autoroutes de nourriture pour la prochaine plantation.

Souvent quand je retire la bâche des germes de patates « blancs » de l’année d’avant sont présents et eux n’ont pas brulé, car la patate est en profondeur. Alors là super! Je laisse pousser 3 semaines, puis petit coup de griffe pour lever les adventices, je mulche avec l’herbe cramée et c’est reparti comme avant, je remets une inter-culture.

Paillage avec la laine de mouton issue de tonte fraîche.

Souvent le berger ne trouve pas preneur pour sa laine et en échange d’un coup de main je lui débarrasse et m’en sert de paillage aux jardins. Le résultat est époustouflant sur adventice cela brûle tout au bout de trois semaines due certainement à l’urée, suint et crottes collés à la laine et le manque de lumière.

Ensuite j’écarte un peu et repique des semis à port haut à l’intérieur. Les légumes deviennent énormes et avec le temps s’installe du mycélium sous la laine et une vie très dynamique. Aussi non je m’en sers comme paillage après la levée des semis et du premier binage. Cela est très agréable à mettre en place et très jolie.

La laine retiens beaucoup d’eau et de chaleur un peu comme un pull .au bout de 5 ans elle a disparu est laisse as la place une structure du sol « gluante argileuse » alors que je suis en terre acide sur sable granitique .que du bonheur !

 

L’arrosage

J’arrose le matin bonne heures étant au couchant par un système d’aspersion sans moteur à l’eau de source souvent je rajoute dans mon bassin des purins d’ortie en début de culture ou autre apport azotés je ne crains pas le mildiou étant en altitude est souvent ventés. Merci mamie

Disposition des cultures

Alors là comme pour le reste je me prend pas trop la tête.je respecte quelques règles du a la topographie des terres Cévenoles qui sont sur (cantou, faïsse ou bancel)c’est-à-dire avec des murs en pierres sèches bâtis sur roche mère. En haut des jardins j’ai 10cm de terre en bas jusqu’à trois mètres .alors vous l’aurais compris toutes les plantes hautes styles maïs, tournesol ou coureuses genre courge courgettes sont sur sol profond ce qui me permet de remonter de la matière organique qui rejoindrons les pieds de mur .Elles  crées de l’ombre pour les plantes plus petites. J’aime bien aussi les mettre en concurrence ce qui oblige les plantes à se battre pour leur survie est les dynamise d’autant.

Souvent des semences de l’an passée germent et là c’est cadeaux je laisse faire.

Le tournesol me sert à nourrir les mésanges l’hiver sur ma terrasse ce qui remplace la télé et ensuite elles vont manger les insectes aux jardins. Quand il fait froid minette en mange une. C’est en libre-service s’il y’as trop de taupe minette m’en ramène aussi sur la terrasse en échange de bonne nourriture

Le maïs sert de tuteur pour les haricots grimpants.

Ensuite je sème ou repique ou de la place se libères mon jardins est en perpétuel mouvement les carrées et autre rectangle de culture évolue au fil du temps.

 

 

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Les sols argileux : corrigeons certaines idées reçues !

Le 6 février dernier, Elisabeth Vérame de l’Observatoire des Sol Vivants et moi même étions invité de Patrick Mioulane sur RMC. Je vous partage ce petit moment radiophonique ici.

Voici le lien si vous souhaitez l’écouter : http://rmc.bfmtv.com/mediaplayer/audio/rmc-0602-votre-jardin-7h-8h-301815.html

Cela me fait très plaisir d’être ainsi invité sur un grand média national. Toutefois, j’avoue que je suis un peu resté sur ma fin, car j’ai eu l’impression de devoir faire des réponses « twitter » en 140 caractères avec impossibilité de développer quoi que ce soit. Bon j’exagère un peu car j’ai un peu développer avec la question du premier auditeur.

Et surtout j’ai été très frustré de ne pas avoir la parole lorsque Patrick Mioulane a établi une « ordonnance » pour la culture des sols argileux (voir l’émission entre les minutage 18′ et 19’50 »).  Mais je me dis en même temps que s’il a affirmé tout cela, c’est ce que ce sont des croyances répandues dans le monde du jardinage. Je profite donc de la tribune que je me suis créé à travers  ce blog pour y répondre, même si j’ai déjà écrit récemment au sujet de ce sols, lors de la sortie du livre de Nicolas Larzillière.

Voici (en italique) les prescriptions que Patrick Mioulane propose à l’auditrice et ce que j’en pense (en graphie normale)

Si le sol est marécageux, il faut drainer. Oui, en effet, d’ailleurs les fameuses buttes permanentes sont une façon de réaliser cela, mais il n’y a aucun rapport entre marécage et sol argileux, on peut tout à fait avoir un sol sableux et marécageux.

– Avantages : garde bien les éléments nutritifs. Tout à fait vrai !

– Apports organiques pour aérer la terre et conserver les éléments. Je suis d’accord avec cela, cela dit une réflexion sur les matières à apporter est nécessaires. Personnellement ma préférence va aux apports de foin ou autre matière fraîche riche en cellulose et susceptible de faire le bonheur des vers de terre. Quant au fait que les matières organiques aident à garder les éléments nutritifs, là encore, c’est vrai, mais dans un sol argileux, ils sont de toute façon bien retenus, cette propriété est donc surtout intéressante en terre sableuse.

– Les sols argileux sont généralement acides donc chaulage tous les 2/3 ans. Là, je sais pas d’où ça sort. Au contraire, les terres qui donnent des sols argileux sont des roches de type marne, molasse, calcaire… qui sont toutes des roches calcaires ! Bien sûr, il existe des argiles acides, je pense notamment aux argiles dites « de décarbonatation » issues à l’origine de roches calcaires et dans lesquelles le calcaire a été entièrement dissous et évacué en profondeur. Mais ce n’est pas la majorité des cas, très loin de là. En général, les sols acides se développent sur des alluvions sableuses, des granits, des gneiss… qui donnent des sols plus ou moins sableux, et en aucun cas des sols argileux ! Cette affirmation est donc fausse.

– Apports de sable grossier. Bon là, il faut reprendre le triangle des textures :

triangle2textures

 

Que voit-on sur ce schéma :

  • Tout d’abord l’énorme zone hachurée qui prend à peu près tout la moitié supérieure du triangle et qui représente les textures considérées comme argileuses, donc collantes, lourdes… Notons que cela correspond aux terres contenant grosso-modo plus de 30% d’argiles.
  • A l’opposé les textures sableuses n’occupent qu’un petit triangle bleu en bas à gauche… En mélange avec des limon, il faut au moins 70% de sable pour avoir une texture sableuse (ou plus exactement sablo-limoneuse) et il en mélange avec des argiles, c’est plus de 85% qu’il faut pour avoir une telle texture !

Qu’est ce que cela signifie ?

Eh bien tout simplement que l’argile influe beaucoup plus la texture d’un sol que le sable. Donc en amenant du sable dans un sol très lourd, il faudrait en amener des quantités énormes pour avoir un effet sensible.

Prenons un exemple : Nous avons un sol de 50 cm de profondeur qui a une texture correspondant au point rouge sur le triangle des texture On part donc d’une terre argileuse qui a 40% d’argiles, 30% de limon et 30% de sables. Quel quantité de sable faudrait-il apporter pour l’amener au point orange de texture dite équilibrée ? Ici, 50 l de sable par m² suffiront, soit 5 m3 pour un potager de 100m², bon ça fait déjà une sacré quantité, tout cela pour avoir finalement une texture quand même encore très proche des textures argileuses. Et en plus, il faudra briefer les vers de terre pour qu’ils ne nous amènent pas le moindre grain de sable en dessous de 50 cm, sinon gare ! et je n’ai aps parlé du chantier pour enfouir tout ce sable…

Bref, c’est un chantier pharaonique pour pas grand chose à l’arrivée, donc on évite, surtout si on veut cultiver un sol vivant !

– Fertilisation au phosphate naturel. Là encore, cela n’est pas propre aux terres argileuses. D’ailleurs les terres les plus pauvres en phosphore sont le plus souvent sableuses, comme les sables des Landes par exemple. Et certaines roches donnant des sols argileux sont parfois très riches en phosphores, comme les basaltes. Ceci est donc à voir au cas par cas et n’est pas si intéressant au final car un sol vivant et organique est tout à fait capable d’amener le phosphore aux plantes selon leurs besoin notamment via les mycorhizes.

– Travail profond. Bon, vous connaissez ma position sur ce thème, je vous fait pas un dessin… en plus, je rappelle que les terre argileuses sont les plus aptes à accueillir de fortes populations de vers anéciques qui travaillent le sol pour nous et bien mieux que nos outils. Notre action devrait donc se borner à leur faciliter la vie en préservant leur milieu de vie et en les nourrissant avec des résidus riches en cellulose !

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Découvrez quelques membres de l’équipe au Togo !

Tout d’abord bonne année 2016 à tous mes lecteurs, qu’elle soit féconde en récoltes abondantes et en vie dans votre terre !

Il y a quelques temps, je vous présentais un projet que j’ai actuellement avec un groupement togolais. J’en profite déjà pour remercier ceux qui ont participé au financement de ce projet !

Bien que pour le moment nous soyons encore loin de l’objectif, nous pensons que nous pourrons le réaliser. En attendant et afin que vous fassiez un peu plus connaissance avec les acteurs de ce projet, je vous invite à lire les présentations de Raouf Kassime, le jeune président de l’ANVD Togo et du groupement d’agriculteurs Fafali qui sera un des bénéficiaire de cette action. et bien sûr, si vous souhaitez nous soutenir, je vous redonne le lien vers la page d’Hello Asso :

https://www.helloasso.com/utilisateurs/oraassociation/collectes/accompagnement-de-groupements-paysans-togolais-vers-l-agro-ecologie .

Je laisse la plume à Raouf pour la suite de l’article :

« Je m’appelle Raouf Kassime, j’ai 35 ans et je suis né à Mango, dans le Nord du Togo d’où mes deux parents sont originaires. Après 5 ans d’études en Sociologie et Anthropologie à la faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Lomé, j’ai obtenu ma licence. Par la suite je me suis engagé comme Volontaire auprès de diverses associations Franco/Togolaise où j’ai été formé aux métiers de l’humanitaire et où j’ai pu acquérir de nombreuses compétences et surtout découvert ma vocation.
Je ne connaissais pas bien les valeurs du Volontariat, mais il était clair que le peu que je pouvais entrevoir faisait écho à mes propres valeurs celles que je trouvais dans ma foi personnelle. Ce n’était pourtant pas une démarche à laquelle je pensais lorsque j’envisageais mon avenir, ni comme facteur de développement personnel, cela m’apparaissait davantage comme un état d’esprit. Mais il s’avère que les expériences vécus auprès de ces diverses associations me révélèrent le véritable potentiel d’enrichissement et d’émancipation de cette démarche civique. Dorénavant m’engager pour les autres : ceux qu’on ne connaît pas, ceux qui sont dans le besoin, était devenu ma raison de vivre et je peux affirmer avec fierté que je me reconnais pleinement dans ses valeurs. C’est ainsi qu’en 2004 j’ai finalement décidé de participer à la création de l’association de solidarité internationale, dénommée ANVD-Togo, avec le concours de quelques amis Français et Togolais. Aujourd’hui, je suis le président de cette association, mais aussi guide touristique et co-fondateur de l’agence SAWARI Voyage qui est une activité génératrice de revenu (AGR) affiliée à l’ANVD afin de lui assurer une indépendance financière. Après notre première mission avec l’association française Other Road Art, je suis devenu son représentant au Togo.
Mon rôle principal dans ce projet Agro-écologique est de superviser l’équipe ANVD en charge du programme. Nous établissons, entre autre, le contact entre toutes les communautés bénéficiaires ; nous aidons au développement du réseau de coopératives locales ; nous assistons Gilles dans son travail sur le Terrain ; nous accompagnons les activités agricoles sur notre terrain communautaire afin de coordonner les efforts et assurer la cohésion entre tous les acteurs.
Pour faire plus simple je suis le lien entre l’équipe Française et l’équipe locale.

Quentin Rongère (président d'ORAA, le relais français du projet) et Raouf Kassime.
Quentin Rongère (président d’ORAA, le relais français du projet) et Raouf Kassime.

Nous travaillons avec le groupement agricole Fafali. Cette ferme d’une trentaine d’hectares, situé en plein cœur d’une forêt tropicale luxuriante, pratique l’arboriculture et le maraîchage essentiellement manuels. L’aménagement des espaces de culture sont fait à la machette. L’équipe est composée de six personnes dont Djomo le propriétaire du terrain et son frère Gagnon.

Djomo et Gagnon en train de décortiquer des cabosses de cacao.
Djomo et Gagnon en train de décortiquer des cabosses de cacao.

Très sensible à la préservation de leur patrimoine familiale, leurs pratiques sont respectueuses de l’environnement. Même si parfois nous déplorons l’utilisation de pesticides issus de l’industrie chimique, c’est davantage par une méconnaissance des risques et des conséquences néfaste de l’emploi de tels produits, qu’une véritable nécessité d’utilisation. Finalement c’est la méconnaissance d’alternatives plus « propre » qui fait défaut. Le site dispose aujourd’hui de deux grands bassins piscicoles creusés « à la main », c’est à dire avec des outils rudimentaires non motorisés. Ils y élèvent des Tilapias en vue de développer une nouvelle activité. Il aura fallu au groupement à peu près deux ans pour arriver à bout de ce travail titanesque.

Un des étangs de pisciculture.
Un des étangs de pisciculture.

Canaux connectant les deux étangs.
Canaux connectant les deux étangs.

Sur ce site, en grande partie laissé à l’état sauvage, de nombreuses plantes médicinales poussent à loisir ainsi qu’une multitude d’espèces d’arbres fruitiers tel que : cacaoyer, ananas, papayer, bananier, cocotier ou encore palmier.

Ananas
Ananas

Bananes
Bananes

Djomo en train de sarcler autour d'un pied de piment.
Djomo en train de sarcler autour d’un pied de piment.

Haricots
Haricots
Gagnon sur une pépinière de plants maraîchers.
Gagnon sur une pépinière de plants maraîchers.

Cette ferme qui a donc tout pour prospérer doit cependant faire face à un problème de taille : celui de l’isolement. Nous ne parlons pas de l’isolement physique (- de 5 kilomètres de la ville) mais plutôt d’un problème d’instruction qui pénalise le groupement dans ses activités commerciales. Ce manque de connaissance et d’organisation, dans des domaines tel que la distribution, est un handicap redoutable qui freine le développement de l’activité. En effet, comment faire pour approvisionner les marchés, trouver la clientèle et s’assurer ainsi un revenu stable ?
C’est donc un problème d’organisation global d’un secteur qui voit se concentrer beaucoup de producteurs dans une même zone géographique, qui cultivent les mêmes produits et ce tout au long de l’année. Ce qui a pour effet de saturer les marchés, d’annihiler les efforts et contribue aussi à fragiliser le sol (manque de rotation des cultures). Ainsi les paysans se trouvent dans l’incapacité d’assurer un revenu stable à leur famille parce qu’il ne trouve pas les moyens adéquat pour organiser l’acheminement de leur produit jusqu’aux marchés locaux. Malheureusement au Togo, ce problème n’est pas une exception mais plutôt la règle.

Pour des cas comme Fafali, il sera donc nécessaire de concentrer les efforts sur la sensibilisation tout en participant à la mise ne place d’un réseau de producteurs, afin d’organiser au mieux la distribution et assurer des revenus réguliers aux différents acteurs.

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Association haricots d’Espagne-poirier-guêpe poliste, une coopération « tout bénef’ » ? par Martine Delhommeau


Martine avait évoqué son expérience d’association haricots – poirier et j’ai trouvé intéressant de lui proposer un article sur mon blog afin de susciter les discussions et échanges que méritent cette expériences qui me parle bien. Je la laisse à présent décrire l’expérience qu’elle a réalisé et vous propose d’en faire autant pour voir si ses observations se répètent ailleurs.

Mon tout jeune potager-verger familial est principalement destiné à assurer notre autonomie en légumes et fruits. Sur 400 m² (200 pour le potager, 200 pour le verger), je produis le nécessaire pour l’alimentation en fruits et légumes du foyer. Ce potager me sert aussi de lieu d’expérimentation, de mise en pratique des techniques agro-écologiques et des principes de la permaculture que j’enseigne.

Vue générale du potager de Martine.
Vue générale du potager de Martine.

Ce jardin, je l’ai créé il y a 4 ans à la suite de la construction de notre nouvelle maison sur une prairie qui n’a jamais été labourée (selon les dires de l’ancien propriétaire qui habitait là depuis 1920). C’était le pâturage attenant à la ferme que nous avons restaurée puis vendue pour financer la nouvelle construction… Bref ! Le genre de jardin pavillonnaire d’une commune rurale en voie d’urbanisation.  Le terrain présente une belle terre limoneuse, profonde, suffisamment drainante mais pas trop. Plus facile à travailler qu’un sol argileux mais dont la structure (complexe limono-humique) est plus fragile.

Les idées force qui m’inspirent son aménagement sont :

  1. Mouvement : aménagement progressif et perpétuellement réévalué
  2. Densité : étagement des végétaux ; penser volume autant que plan
  3. Diversité : association de plantes, multiplication des espèces et variétés
  4. Elégance : beauté naturelle de la composition paysagère. Le(la) jardinier(ière) doit être fier(e) de montrer son jardin nourricier !

Autre source d’inspiration : les contraintes. Le temps de travail disponible, les exigences des plantes, les conditions pédoclimatiques, l’espace limité… obligent à faire preuve de créativité. Et, si créer c’est prendre le risque d’un échec, c’est aussi source de découverte.

Pour illustrer cette réflexion, voici l’histoire du poirier, de la guêpe et du haricot.

Un poirier demi-tige « rousselet d’août » de 6 ans se trouvait sur le parcours du tractopelle qui s’apprêtait à creuser les fondations de la maison. Je décidais dans l’urgence de le replanter hors de portée du terrible engin. Malheureusement, je n’avais pas anticipé l’épandage de la terre issue des fouilles. Le collet de mon poirier se trouva enterré de 30 cm ; il risquait de s’affranchir. La vigueur du greffon produirait alors un arbre dont les dimensions deviendraient vite incompatibles avec les celles du futur petit potager. Je creusais donc une sorte de bassin sous la couronne de l’arbre pour en dégager le point de greffe.  L’aspect n’était pas des plus esthétiques. Comment faire de ce problème une solution? J’ai opté pour celle-ci :

  1. le bassin formé permit d’arroser copieusement le poirier dont la transplantation était risquée (arbre trop âgé).
  2. Je remplis le bassin de foin pour éviter l’érosion, garder l’humidité et masquer la dépression.
  3. Inspirée par les principes « un élément = plusieurs fonctions » et « utiliser tout le volume disponible », j’utilisai le poirier comme support de culture de haricots à grains. Les bords du bassin accueillirent un semis de haricots d’Espagne (Phaseolus coccineus) et 8 courtes rames posées sur les charpentières de l’arbre.
  4. Les haricots profitèrent de l’humidité relative de la terre du bassin ; l’ombre du feuillage des haricots conserva l’humidité.
  5. La floraison généreuse et colorée des haricots composèrent un ensemble esthétique

Le poirier avec les rames prévues pour les haricots en mai.
Le poirier en mai avec les rames prévues pour les haricots.

Les haricots montent vigoureusement dans le poirier.

Le potager et le poirier portant des haricots en pleine floraison.

Mais je n’avais pas anticipé le plus intéressant des résultats…

  1. je récoltai 5 kg de jolies poires fin juillet totalement indemnes de carpocapse (le fameux « ver de la pomme » qui aime tout autant la poire).
  2. Pas une guêpe n’attaqua les poires.
  3. Ni pucerons, ni chenilles sur le poirier et les haricots.
  4. Meilleure récolte de haricots sur poirier que sur rames classiques.

Tentative d’explications :

  1. J’ai observé que les fleurs ouvertes des haricots de l’espèce Phaseolus coccineus attiraient plus d’insectes butineurs que le haricot « ordinaire » : Phaseolus vulgaris. Les guêpes polistes qui avaient élu domicile dans ma serre (5 nids) les fréquentèrent beaucoup. Bien que carnassières (elles chassent chenilles et pucerons), elles ont aussi besoin de sucre en été comme carburant de leur extraordinaire activité. Est-ce la prédation des guêpes sur les insectes qui a protégé le poirier et les poires?

    Nid de guêpes polistes au mois d’août
  2. Est-ce le haricot qui a renforcé les défenses du poirier ? NB : un autre poirier « Favorite Morel », tardif celui-là (poires cueillies en octobre, mures en décembre), et qui n’a pas été complanté avec des haricots a été atteint par le carpocapse et la tavelure.
  3. Le nectar des haricots P. coccineus est-il plus appétant que le jus de poire ? NB : j’ai installé des vieilles cuvettes toujours pleines d’eau à proximité des nids de guêpes car elles s’attaquent aux fruits aussi pour boire ; pas seulement pour le sucre…
  4. L’ombre légère du poirier et le micro-climat induit a-t’il été favorable aux haricots ? Ceux-ci ont été plus productifs que les haricots sur rames classiques : les fleurs des haricots sur poirier ont moins avorté que ceux sur rames en cet été caniculaire 2015.
  5. L’humidité relative du sol a profité aux deux espèces complantées : haricot et poirier.

C’est la deuxième année que je mets en place cette expérience. Il faudra la réitérer pour confirmer les résultats et reproduire le schéma sur le poirier tardif « Favorite Morel ». Mais je soumets le sujet volontiers et dès à présent à votre expérience, vos connaissances, vos observations… ou vos autres hypothèses !

Martine DELHOMMEAU

logo CARABE<- cliquez pour accéder au site !

 

 

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Un projet de cultures sur sol vivant au Togo

Nous parlons régulièrement sur ce blog de jardinage sur sol vivant, le plus souvent dans les conditions de l’Europe Occidentale. Aujourd’hui je vous propose un tour en milieu tropical ! Voilà de quoi nous réchauffer après l’arrivée du froid dans nos régions !

Je vous invite à découvrir ici un projet dans lequel je suis impliqué, au Togo, en Afrique de l’Ouest pour mettre en place des systèmes d’agriculture sur sol vivant.

Ce projet est né de la rencontre d’une association française, ORAA et une association locale, ANVD Togo depuis 2014. C’est suite à la naissance de ce projet que j’ai été contacté par Raouf Kassime, le président de l’ANVD, en février 2015 et rencontré Quentin Rongère, le président d’ORAA, juste après son retour en France en avril 2015.

L'équipe sur place (au centre à droite, debout, Quentin Rongère, le président d'ORAA).
L’équipe sur place (au centre à droite, debout, Quentin Rongère, le président d’ORAA).

Le projet aura lieu dans le village de Kpélé Tutu dans la préfecture de Kloto au nord de la ville de Kpalimé (région des plateaux), à la frontière avec le Ghana, dans une région vallonnée et boisée de la chaîne de l’Atakora au climat tropical humide.

La rivière qui traverse Kpélé Tutu et la ville voisine d'Adeta.
La rivière qui traverse Kpélé Tutu et la ville voisine d’Adeta.

Quatre actions, définies par l’ANVD Togo, sont prévues :

  • La formation des agriculteurs locaux à l’agriculture sur sol vivant ;
  • La formation de conseillers locaux afin de pouvoir démarrer des projets ultérieurs en toute autonomie ;
  • La mise en place d’un jardin communautaire ;
  • La sensibilisation des élus et responsables politiques locaux par des conférences qui leur seront directement destinées.

J’aurai un rôle central dans ces quatre actions.

Les objectifs sont de proposer aux agriculteurs locaux des pratiques agricoles s’insérant dans leur pratiques actuelles afin qu’il soient plus performants à la fois sur le plan économique et sur le plan écologique.

Canaux d'irrigation et mare amenant l'eau de la rivière dans un verger.
Canaux d’irrigation et mare amenant l’eau de la rivière dans un verger.

Pour ce faire, il me faudra aller régulièrement sur place, prendre le temps de découvrir l’agriculture et les agriculteurs locaux : comprendre leurs pratiques, leur climat, leur sol, les plantes qu’ils cultivent, leurs techniques, leurs connaissances, leurs croyances… Bref il me faudra les écouter beaucoup et valoriser leur savoir et leur savoir-faire avant de leur donner le moindre conseil. Le projet est prévu sur 5 années de 2016 à 2020 et prévoit entre 1 et 2 missions par an sur place (la première est envisagée pour le printemps 2016).

Je vous tiendrai régulièrement informé des avancées de ce projet.

Si vous souhaitez avoir plus de détails sur le projet, je vous invite à télécharger le document fourni aux partenaires ici :

Nous avons sur place plusieurs soutiens :

L’ICAT (Institut de Conseil et d’Appui Technique) fournit les semences nécessaires.

L’OCDI (Organisation de la Charité pour un Développement Intégral) nous fait bénéficier de ses liens avec des réseaux d’agriculteurs.

Le CVD (Comité Villageois pour le Développement) de Kpélé-Toutou fournit le matériel motorisé (petits tracteurs, moto pompes)pour le jardin communautaire.

Les autorités locales (conseil de village) fournissent le terrain pour le jardin collectif.

Travail des agriculteurs dans une pépinière de plants maraîchers élevés à l'ombre des fruitiers.
Travail des agriculteurs dans une pépinière de plants maraîchers élevés à l’ombre des fruitiers.

Il nous reste donc juste à financer mes interventions et les frais liées au déroulement des missions : locations de salles et matériels divers, déplacement des agriculteurs stagiaires, entretien du matériel fournit par le comité de village, défraiements des bénévoles de l’ANVD qui coordonnent le projet. Le nombre de ces missions est estimées à six au total : deux en 2016 puis une par an ensuite et leur coût total est estimé à 3000€ par mission.

Pour ce faire, nous allons proposer un financement participatif et, si vous avez envie de soutenir ce projet, je vous invite à vous rendre sur ce lien :

https://www.helloasso.com/utilisateurs/oraassociation/collectes/accompagnement-de-groupements-paysans-togolais-vers-l-agro-ecologie

Vous êtes 5771 inscrits à ce jour à ma newsletter, ce qui signifie que si seulement 20% d’entre vous donnent à peine 5€, nous avons quasiment de quoi financer la première année (2 missions) ! Donc même de tout petits donc de quelques euros sont très utiles.

Ces dons sont collectés et gérés par l’association française ORAA.

Merci beaucoup

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Jardinons

Le mythe de la butte de permaculture par Christophe Gatineau

Je reproduis avec l’aimable autorisation de Christophe Gatineau, cet article qu’il vient de publier dans son blog le jardin vivant. Si je reproduis à l’identique cet article (je crois que c’est la première fois que je fais cela) c’est pour plusieurs raisons :

– Tout d’abord il m’a consulté et posé quelques questions avant de le poster (je suis d’ailleurs cité dans l’article) ;

– Ensuite parce qu’il pose ici des questions qui ne sont pas assez débattues, à mon sens dans le jardinage bio et la permaculture où la butte commence à s’ériger en dogme.

Il y a quelques années, je vous avais posé la question jardinez vous sur butte ?, Question à laquelle vous avez été nombreux à me répondre et suite à laquelle  Jacques Subra avait écrit cet article très instructif : Un jardin, oui, mais lequel ?

Là encore, je vous invite à partager en bas de cet article, votre expérience et votre point de vue par rapport à ce qu’écrit Christophe dont je partage le point de vue sur ce sujet.

Je la laisse la parole à Christophe :

La butte de culture ou la culture sur buttes est devenue une figure de la permaculture en France, comme un signe de reconnaissance et d’appartenance à une tribu ; un symbole si fort que beaucoup d’adeptes croient que la culture sans but, c’est cultiver contre la nature !

Et on peut lire sur le web : « La culture sur buttes est un principe fondamental en permaculture. »

Ou sous la plume du journaliste de Rue89, Thibaut Schepman : « La butte, une combine épatante du jardinier bio et paresseux. »

Vue en coupe d’une butte contenant du bois. Mark, Flickr, Creative Commons.

À ce sujet, Claude Bourguignon explique dans une vidéo :

Les buttes, c’est beaucoup de travail. Alors pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple en déposant la matière organique à la surface… C’est plus reposant !

Faire des buttes, c’est bien en zone sahélienne, mais chez nous, il faut vraiment avoir envie de se casser les reins pour rien…

Quant à Moilamain, un des phares de la permaculture en France, il soutient que les buttes ont été greffées par hasard à la permaculture par Emilia Hazelip dans le courant des années 80 !

En parallèle à ses activités de maraîchage, Émilia dispensait des stages d’introduction à la permaculture pendant lesquels son jardin en butte servait de support à l’illustration des principes de la permaculture (sol non travaillé, fertilité créée par les plantes…)

Et l’amalgame permaculture = culture sur butte est sûrement né dans ce contexte.

Et quand je lui pose la question : la butte élève-t-elle la permaculture ?

Clairement : non ! Très sincèrement, la culture sur butte est un détail de peu d’importance pour ceux qui ont une bonne connaissance du concept de permaculture « inventé » par Bill Mollison.

Beaucoup réalisent des buttes façon Forrer qu’ils appellent butte de permaculture… Mais ils ne connaissent pas grand-chose aux mécanismes du sol et de la fertilité. Ils réalisent des buttes bourrées de matières organiques sur des terrains déjà fertiles… Et l’amalgame perdure, renforcé par une vidéo présentant la méthode de Philip Forrer qui enterre du bois pourri dans ses buttes.

Claude Bourguignon renchérit aux 2èmes assises de la biodiversité en 2012.

La grande bêtise de l’agriculture, c’est de labourer et mettre la matière organique sous les racines. Donc le temps que les racines arrivent, c’est minéralisé.

Première leçon : ne jamais enfouir de la matière organique dans un sol, la nature nous le dit.

Et que fait-on dans une butte de permaculture ?
On enfouit la matière organique.

Lydia Bourguignon dans profil de la vie du sol, une vidéo Brin de paille Alsace 2014 :

La technique du labour consiste à mettre la matière organique dans le sous-sol et on ne peut pas avoir de décomposition de la matière végétale en profondeur parce qu’il faut de l’oxygène.

Traditionnellement, les buttes de culture étaient nourries par l’apport régulier de matière organique fraîche déposée à leur surface. À l’inverse, elle est enfouie profondément en permaculture comme dans un labour.
De plus, ces buttes modernes sont édifiées sur des bois de récupération type palettes, bois vert, bois pourri ou troncs d’arbres alors que traditionnellement, le bois était proscrit parce qu’une butte auto-fertile imite l’écosystème forestier.
Observons le fonctionnement d’une forêt.

La matière organique tombe sur le sol puis est transformée en humus par les organismes de surface avant d’être entraînée dans les profondeurs du sol par les eaux pluviales, où les éléments nutritifs seront aspirés au passage par les racines des arbres pour se nourrir. (À noter qu’ils se nourrissent de leurs propres déchets transformés !)

Mais quand les éléments nutritifs sont déjà dans les profondeurs du sol, ils sont entraînés par les eaux encore plus profondément dans le sol, hors d’atteinte des racines des plantes !

 

La butte de culture, cette technique agricole ancestrale et universelle pour cultiver les zones humides est un pur produit du bon sens paysan, détournée aujourd’hui par l’ignorance et ses croyances.

Ainsi, quand j’ai vu de mes yeux une enseignante internationale en permaculture me montrer sur photos qu’elle avait fait couper des arbres avant de faire recouvrir leurs troncs de terre avec un bulldozer au Moyen-Orient, pour faire en toute bonne foi, des buttes fertiles… c’est con, y’a pas d’autres mots, c’est une connerie sans nom.

Pour commencer, la butte est toujours une réponse esthétique ou mécanique au milieu. Et pour continuer, la construction de la butte dégrade toujours le sol en mélangeant tous les horizons. Après, il faut le temps d’aggrader ce qui est dégradé par l’apport de matière organique à sa surface.

Quant aux bois enterrés, Gilles Domenech, microbiologiste et spécialiste du Sol-vivant, prévient :

Si le bois se trouve dans une zone mal oxygénée de la butte, il va participer à précipiter la chute du taux d’oxygène du fait de l’activité des micro-organismes décomposeurs, il y a localement un risque accru d’acidification et d’hydromorphie, ce qui n’est favorable ni à l’activité biologique ni à la fertilité…

Et d’ajouter :

Il serait intéressant de mesurer quelques années après le potentiel redox et le pH de ces buttes. Car si le bois est enfoui à 40 cm et plus, je crains qu’on arrive très vite à l’anoxie car la structure du sol n’est jamais grumeleuse sur une telle épaisseur… »

Claude Bourguignon :

L’humus est fabriqué en surface grâce au travail des champignons et de la faune épigée, et les argiles sont fabriquées en profondeur par l’attaque des racines des arbres au contact du monde minéral.

Parce que le sol, cette partie de la Terre où prospèrent les racines du monde végétal et que j’appelle la racino-sphère, n’était pas au départ de la Terre contrairement à une idée reçue ! Ce sol nourricier est né conjointement avec le développement du monde vivant.
Pour conclure, existe-t-il un seul avantage à enfouir la matière organique dans une butte comme dans un labour ?
Non : lire maj du 30 sept (en bas de page).

——

ÉPILOGUE
Les modes passent et les dégâts restent.

La butte est à la mode comme le labour profond pour des sols propres. Souvenons-nous que si aujourd’hui on laboure jusqu’à 40 cm de profondeur, pendant des millénaires et jusqu’au siècle dernier, on ne retournait pas la terre et le labourage se limitait à sa couche très superficielle.

Le BRF est également à la mode mais « si on continue, nous allons avoir plus de problèmes que de bénéfices. Ce n’est pas un paillage et, utilisé régulièrement, il intoxique les sols parce qu’il faut plusieurs années pour qu’ils le digèrent » dixit Lydia Bourguignon.

Aujourd’hui, nous connaissons les limites du BRF dont le but premier n’est pas de nourrir le sol mais de stimuler son activité biologique et sa flore mycologique ; le BRF étant du bois vert déchiqueté et mélangé à la couche très superficielle du sol pour offrir le gîte et le couvert aux champignons. Mais enterré et faute d’une teneur en oxygène suffisante, le BRF va intoxiquer le sol parce que les champignons ont besoin d’air pour respirer. Et dans les buttes de permaculture, le bois est enterré.

 


Mise à jour du 30 septembre 2015

Au sujet de l’analogie faite entre le labour et les buttes de permaculture.

Faut-il l’enfouir ou pas ?
C’est la seule question qui vaille
pour profiter au maximum de tous les bénéfices de la matière organique.

1 – Pendant des millénaires, le labour n’a pas retourné la terre = matière organique sur le sol. Et pour nourrir les buttes de culture = matière organique déposée à sa surface.

2 – Aujourd’hui, le labour retourne la terre = matière organique enfouie profondément dans le sol. Et les buttes de permaculture = matière organique enfouie profondément.

3 – Pour des sols vivants et une agriculture soutenable et écologique, la Recherche scientifique a prouvé que la matière organique devait rester sur le sol ou dans sa couche superficielle. C‘est dans cette perspective que j’ai utilisé l’image du labour.