Même si vous ne connaissez pas encore les pois fourragers, j’imagine que tous ceux d’entre vous qui ont un potager ont déjà cultivé des pois sous diverses formes qui sont toutes issues de l’espèce botanique Pisum sativum : petits pois nains, petits pois grimpant, pois gourmand (ou mangetout) et je ne parle même pas du pois chiche ou du pois carré qui n’appartiennent pas au genre botanique Pisum.
Les céréaliers cultivent également les pois fourragers qui servent d’aliment pour bétail soit en tant que graine de pois sec (pois protéagineux), soit en tant que plante entière. C’est donc cette forme de l’espèce Pisum sativum que je vous propose de découvrir ici.
J’avais découvert cette plante fin 2010 quand mon collègue et fournisseur de graines de couverts végétaux, Yann Labuche de Terre d’Humus, m’en a proposé pour les intégrer à mes couverts hivernaux, ce qui s’est révélé être une réussite, ils ont bien poussé et produit une jolie biomasse début mai. J’ai appris, alors que ces pois était en train de pousser, que leurs fruits étaient comestibles et aussi bon que des petits pois, j’ai vérifié, c’est vrai !
Cette année la violence des gelées aussi bien en Ardèche que dans le Gers ont détruit beaucoup de couverts et cultures d’hiver, mais pas les pois fourragers qui ont vaillamment résisté là où les autres pois ont gelé ! Une raison de plus de les adopter.
Non content d’être rustique au froid, ils s’adaptent à des terrains très variés, c’est pour le moment la seule légumineuse que j’ai réussi à tous les coups et dans des contextes très différents : coteaux argileux du Gers, sol sablo-argileux sur grès et sol sablo-limoneux sur granit en Ardèche. A chaque fois en culture d’hiver semée en novembre. Ni le très sec du printemps 2011, ni le très froid de l’hiver 2012 ne semblent l’avoir gêné! Dans toutes les situations la biomasse produite est remarquable avec des plantes de plus de 60 cm de haut qui couvrent densément le sol.
En plus ils sont très productifs et ils sont comestibles, non seulement pour leurs fruits, mais aussi pour leurs pousses qui ont un goût… de pois ! C’est la saison de les déguster !
Le seul truc que je maîtrise pas encore c’est leur tuteurage: l’an dernier, ils était incorporés à un couverts de phacélie et de féverole et cela les avait correctement maintenus debout. Cette année j’avais choisi de la mélanger à une céréale (orge ou avoine suivant les parcelles), mais leur développement spectaculaire suite aux pluies d’avril a rendu l’opération inefficace, surtout en Ardèche, mais aussi dans le Gers où ils ont en partie versé suite à un coup de vent.
Voici quelques photos pour vous familiariser avec cette plante
Le couvert de moutarde-pois-orge chez mes parents qui est devenu une culture de pois plus ou moins tuteurée par l’orge suite à la destruction quasi-totale de la moutarde par le gel de févrierFleurs de pois fourragers qui donneront dans deux ou trois semaines des fruits délicieuxEt en attendant les fruits, nous nous régalons déjà de ces pousses, sorte de gros bourgeons d’où sortira un rameaux feuillé et des fleurs. Je remarque que ces pousses sont beaucoup plus abondantes sur les pois fourragers que sur les petits pois.
Donc voilà, j’avais déjà adopté cette plante, mais là vraiment je commence à la considérer comme incontournable. Bien entendu, je vous recommande vivement pour l’automne prochain (ou la fin de l’hiver en climat froid), de réserver une place pour les pois fourragers.
Je vous annonce aujourd’hui la sortie d’un ouvrage auquel j’ai très modestement contribué par deux petits textes sur le BRF. Je ne connais pour le moment son contenu que très partiellement, mais je dais que j’ai beaucoup de point de vue communs avec ses auteurs (aussi quelques différences 😉 ). Il sort en librairie aujourd’hui!
Préface de Pierre Rabhi – Photographies de Patrick Lazic
EN LIBRAIRIE LE 2 MAI 2012
Plusieurs décennies d’agriculture intensive ont contribué à endommager gravement notre “terre nourricière”. Dans le même temps, et malgré l’arsenal de moyens employés, cette agriculture industrielle ne réussit pas à nourrir l’humanité : trois milliards d’humains ne mangent pas à leur faim.
De nouvelles voies sont explorées pour relever ce double défi : nourrir
l’humanité sans détruire notre patrimoine commun. Parmi les plus
prometteuses se trouve l’agroécologie. Située au carrefour de l’agriculture et de l’écologie, elle est tout autant une science qu’une pratique qui se répand à travers le monde et que Pierre Rabhi a largement contribué à faire connaître en France. Elle appelle à un changement total de paradigme : cherchant à comprendre et accompagner les processus vivants pour produire une nourriture saine, sans dépense d’énergie excessive, elle est liée à un profond respect de la vie et replace l’être humain dans sa responsabilité à l’égard du vivant.
Dans la première partie du livre, Pierre Rabhi retrace l’aventure humaine qu’a constituée pour lui l’agroécologie : non pas simplement un ensemble de techniques, mais une alternative globale pour chaque individu et pour la société, une magnifique opportunité pour changer de vision et donc d’humanité. L’agroécologie ainsi conçue allie la réponse à une nécessité irrévocable (produire une nourriture suffisante et saine) avec l’urgence de respecter, de préserver et d’améliorer le patrimoine nourricier.
En 1995, pour promouvoir l’agroécologie, Pierre Rabhi a fondé l’association Terre et Humanisme. Prenant le relais dans la seconde partie du livre, les animateurs de ce mouvement, s’appuyant sur leur expérience de formation en Ardèche et en Afrique, ainsi que sur leurs pratiques dans les jardins vivriers du Mas de Beaulieu, présentent pas à pas l’approche agroécologique du potager : de l’observation du sol, des plantes qui y poussent et de l’écosystème au sein duquel on souhaite cultiver son jardin jusqu’au démarrage du potager, en passant par une revue des techniques mises en oeuvre dans l’agroécologie (la culture sur buttes, le compostage, le travail du sol, le paillage, la multiplication des végétaux, la taille…).
Richement illustré d’images et de dessins explicatifs, le livre comprend
aussi une douzaine de fiches techniques (sur les buttes sandwich, la culture en lasagnes, le compost, la santé des plantes, la protection des végétaux en hiver, les outils, la phytoépuration…), une bibliographie, des contacts utiles, ainsi qu’une présentation de projets qui mettent en oeuvre l’agroécologie, en France et à l’étranger.
Si, depuis quelques années, les livres consacrés aux diverses facettes du jardinage naturel sont nombreux, Le Manuel des jardins agroécologiques présentent une démarche nouvelle et originale par sa globalité. À ce jour, il n’existe aucun ouvrage grand public qui traite de ce sujet.
Agriculteur, écrivain et penseur français d’origine algérienne, Pierre Rabhi est un des pionniers de l’agroécologie. Initiateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme, il est aujourd’hui reconnu comme expert international pour la sécurité alimentaire. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Parole de Terre , Du Sahara aux Cévennes, Graines de possibles (cosigné avec Nicolas Hulot) ou encore, chez Actes Sud, Manifeste pour la Terre et l’Humanisme (2008) et Vers la sobriété heureuse (2010).
L’association Terre et Humanisme œuvre à la transmission de l’agroécologie, pour l’autonomie alimentaire des populations et la sauvegarde des patrimoines nourriciers. Elle est basée en Ardèche, au Mas de Beaulieu, lieu de formation, d’expérimentation et de production en agroécologie. Elle y organise des stages qui rassemblent chaque année plusieurs centaines de participants, elle y propose des visites du jardin et accueille des bénévoles durant neuf mois de l’année. À l’étranger, elle est présente dans plusieurs pays d’Afrique où elle travaille, toujours avec des associations locales, à promouvoir l’agroécologie, la lutte contre la désertification et la préservation des semences.
Pour ceux qui ont vu leurs couverts végétaux hivernaux résister au gel du mois de février qui fut exceptionnel dans de nombreuses régions de France, la question de la destruction commence désormais à se poser. Et en particulier quand et comment détruire ?
Quand ?
Si le calendrier cultural le permet, le mieux est d’attendre le plus longtemps possible, idéalement jusqu’à la floraison, voire un peu après. En effet, la plante est beaucoup plus vulnérable à ce moment, alors que si vous cherchez à la détruire plus tôt, elle a de plus grandes chances de repartir et donc de gêner la culture qui suit.
Cette règle amène à une date de destruction située entre la mi-avril et la mi-mai. Cela peut sembler très tardif, mais cela permet aussi de maximiser la production de biomasse par le couvert et donc les transferts d’énergie, de carbone, éventuellement d’azote provenant de l’atmosphère… des plantes vers le sol, l’effet fertilisant est donc ainsi maximisé. Le seul problème qui risque de se poser est le séchage du profil de sol si le printemps est sec. Si vous avez les moyens d’arroser abondamment à la mise en place des cultures suivantes, ce n’est pas trop gênant, mais si ce n‘est pas le cas, vous serez obligé de surveiller de près ce paramètre et donc de détruire prématurément le couvert peut être dès la mi-avril si la météo n’annonce pas d’eau dans la semaine qui suit. Le risque alors est que le couvert soit mal détruit et qu’il faille désherber manuellement les repousses, ce qui, à l’échelle d’un potager, demeure gérable.
Comment ?
Dans le cadre du jardinage sol vivant, je vous propose de proscrire la destruction par enfouissement et la destruction chimique. En effet, la première, outre le travail du sol qu’elle nécessite, risque d’accumuler des matières organiques dans le sol, provoquant un pic brutal d’activité bactérienne qui consomme tout l’oxygène présent, rendant ainsi le sol autour des débris en décomposition momentanément anaérobie. Quant à la seconde, si elle encore difficilement évitable en grandes cultures, elle peut être beaucoup plus facilement évitée en jardinage où un « loupé » sur la destruction aurait des conséquences gérables.
Parmi les solutions mécaniques qui nous sont accessibles, je vous propose d’explorer les suivantes :
Le sarclage
Le roulage
Le broyage
La fauche
Le bâchage
Le sarclage :
Passer le couvert à la binette est une possibilité acceptable sur quelques mètres carrés, au-delà ce travail devient vite très pénible et nécessite en plus un travail de l’horizon superficiel, ce qui peut être problématique si le sol est humide lors de l’intervention.
Destruction d\’un couvert végétal (Biomax) en avril 2010
Le roulage :
Rouler le couvert avec un rouleau à lames, type rolofaca serait l’idéal si un tel matériel existait pour les jardiniers, ce qui n’est malheureusement pas le cas. Il est toutefois possible de bricoler un appareil à l’action comparable : le « Crimp-o-matic » de John Hayden, composé d’une cornière, d’une planche de bois et de deux ficelles. Ces dernières permettent au jardinier de tenir la planche de bois sur laquelle il appuie de tout son poids pour écraser la végétation, la cornière, située sous la planche, blesse les plante et diminue ainsi leurs chance de repousse.
Le broyage :
Broyer le couvert, par exemple avec une tondeuse en position haute, ou un gyrobroyeur, si vous pouvez avoir accès à ce type de matériel, est une solution relativement simple à mettre en œuvre, à condition que le couvert soit au moins à floraison. Toutefois, il sera préférable d’attendre que celle-ci soit passée car le principal défaut de ce mode de destruction est son impact son les insectes qui vivent sur les plantes et en particulier les pollinisateurs.
La fauche :
Si vous savez vous servir d’une faux ou que vous disposez d’une motofaucheuse, la fauche est une alternative intéressante au broyage, mais la destruction risque d’être plus incomplète et ce mode de destruction n’est envisageable que sur un couvert bien développé.
Le bâchage :
Oui, avec un « â », pas avec un « ê » ! C’est un mode de destruction simple et efficace même sur un couvert jeune : cette technique consiste à faucher le couvert et y poser une bâche noire type bâche d’ensilage. Au printemps, d’après Laurent Welsch, maraîcher du Sud Ouest adepte de cette pratique, trois semaines suffisent pour détruire les plantes du couvert. Après cela la bâche peut être rangée jusqu’au printemps suivant. C’est vrai que l’esthétique n’est pas au rendez vous pendant ces trois semaines, mais cela fonctionne plutôt bien, le sol n’est pas perturbé et le début de décomposition des parties aériennes du couvert stimulé.
Voilà pour mon petit topo sur le sujet, je vous invite à le compléter avec vos expériences et connaissances dans les commentaires ci-dessous !
Je viens tout juste de recevoir cet appel plutôt sympa émanent de la chaîne de télévision ARTE:
il s’agit ni plus ni moins que de participer à la deuxième campagne de cartographie des vers de vers de terre! Plus précisément, il s’agit de recenser les vers de terre de nos jardin, forêts, prairies… de les identifier grosso modo et d’envoyer des photos.
Pour ce faire, il suffit de se rendre sur le site des missions de printemps d’ARTE et de s’y inscrire, nous avons jusqu’au 31 mars pour partager nos observations.
La fiche de cette mission est disponible à cette adresse: http://missionsprintemps.arte.tv/system/pdf/01_fiche_protocole_VersdeterreOK.pdf
et la fiche de détermination est ici: http://missionsprintemps.arte.tv/system/pdf/fiche_determination_versdeterre.pdf
Je me suis déjà inscrit, j’espère pouvoir y participer, mais pour cela, il faudrait que le ciel se décide quand même à humidifier notre terre sud-ardéchoise, c’est pas gagné…
Je vous invite bien entendu à faire de même et à partager vos observations aussi ici, dans les commentaires ci dessous! Et là, bien sûr, pas de limite de date pour les poster!
Alors bonne mission vers de terre!
Bonjour à tous. Récemment, j’avais demandé à Gilles s’il ne pouvait pas concocter un article sur le jardinage en climat méditerranéen, ayant moi-même eu l’occasion de mettre en place avec mon copain un potager dans la région des Vans (limite entre le Gard, Lozère et l’Ardèche, région sèche dans les contreforts des Cévennes). Mais pour amorcer la discussion, j’ai eu envie de partager avec vous le déroulement et les résultats de cette saison de jardinage 2011, ayant dans l’espoir de susciter chez vous quelques commentaires. (Photos sous licence cc by-sa 2.0, présentées dans un ordre non chronologique).
Situation et conditions locales
Vue sur le Chassezac
Un ami nous a permis ce printemps-été de mettre en place un potager sur son terrain gardois : une ancienne châtaigneraie en terrasses schisteuses, larges et relativement pentues, surplombant la rivière du Chassezac.
Ce terrain avait été défriché (châtaigniers abattus), puis ratissé et nettoyé de ses résidus de branches et de feuilles pour favoriser la repousse d’un couvert d’herbes spontanées. Ces terres à nu ont par la suite pas mal été malmenées par le climat aride de l’été et les fameux épisodes cévenols automnaux. Malgré une érosion importante, des plantes pionnières ont pu s’implanter, progressivement. Mais généralement, au cœur de l’été, cette végétation sèche, brûlée par le soleil.
Cette vallée est par ailleurs très exposée aux vents violents.
Une partie de ce terrain avait déjà été mise en culture depuis quelques années, un potager y était réalisé (sans paillage du sol) et donnait je crois des résultats assez moyens. Il faut dire que si le paysage est magnifique, le sol, quant à lui, est loin de faire rêver. Hyper léger, hyper caillouteux, hyper drainant, peu de terre.
Pour donner une idée d’une partie encore jamais cultivée. On voit sur la photo ce qu’on a dénommé « la poubelle à graines » : toutes les graines jugées périmées, surnuméraires ou non sélectionnées pour la semence sont semées sur une zone à peine travaillée puis paillée, rarement arrosée. Poussera ce qui voudra.
A partir de là, mon copain et moi avons eu envie d’essayer la butte. Lui avait déjà une bonne expérience de « potagiste » dans ces terres, mais la culture en butte c’était du nouveau. Ça présentait déjà l’avantage évident d’augmenter la profondeur de terre, mais ça permettait aussi de cultiver sur un terrain pentu (plus de pente en aval de la butte), ça pouvait limiter les phénomènes d’érosion et favoriser l’infiltration des pluies grâce à la rétention d’eau entre chaque butte.
A notre arrivée sur le terrain, à partir de fin avril, on a donc commencé la mise en place du potager sur les zones travaillées les années précédentes, réparties sur deux terrasses. Le montage des buttes s’est fait en trois sessions : la première fin avril-début mai, la deuxième sur une terrasse en dessous en mai, et la dernière fin juillet, à la suite d’une culture de seigle parvenue à terme.
Pour commencer, nous avons « grelinetté » le sol et réservé les maigres plantes arrachées (sedums, linaires, résédas entre autres) pour un paillage ultérieur. Après ça, pour la constitution des buttes, nous avons été plus ou moins méthodiques, et n’avons pas scrupuleusement respecté les différentes strates du sol. D’ailleurs, la terre en profondeur semblait davantage argileuse, les argiles ayant probablement été lessivées au fil du temps, et ça semblait intéressant de les ramener en surface pour constituer une terre plus rétentrice. On a rempli quantité de seaux avec les cailloux qu’on trouvait… les pierres ça peut parfois être utile, mais trop c’est trop si ça fait du sol une passoire.
Au final, les buttes n’étaient pas très hautes et moyennement larges (mois d’1,20 m), et les allées étroites.
Paillage
Puis, on a paillé tout ça… avec les mottes et les quelques plantes arrachées, avec des herbes sèches issues des débroussaillages de terrasses dans le hameau voisin, avec de la paille pourrissante abandonnée, avec des fougères, et avec du buis pour couvrir les allées. L’objectif n°1 était d’amener le maximum de matière trouvée dans les parages. Par contre, on n’a pas osé utiliser les feuilles de châtaignier, ressource pourtant la plus abondante localement : trop longues à la décomposition, trop grandes, trop légères et soumises au vent… mais on a peut-être eu tort de ne pas profiter de cette manne ?
Les épluchures de légumes allaient dorénavant directement aux buttes.
Paillage de seigle sur les buttes les plus récemment mises en place (courant juillet), repiquages de salades sur les pentes et semis en carrés sur les plats de buttes. Les buttes végétalisées au fond sur la deuxième photo sont les premières a avoir été montées, fin avril.
Semis et repiquages
Comme pour le paillage, un des objectifs lors des semis était de favoriser la constitution d’une forte biomasse, pour apporter toujours plus de matière aux buttes.
Avant de pailler certaines buttes, on a semé à la volée des graines de panais dont on ne croyait plus trop en la faculté germinative, des tournesols, de la phacélie. Aux bas des buttes, on a semé des poquets de luzerne tous les 50 cm, dans les allées aussi, à la volée, avec de la roquette (dont les graines ne manquaient pas).
Comme on a démarré le potager assez tard, on a au départ beaucoup repiqué de plants achetés ou qu’on avait eu la chance de recevoir en cadeaux (tomates surtout, mais aussi choux, blettes, courges, poireaux, œillets, fenouils, et quelques plants de salades). Dans le même temps, on a semé de tout, soit en poquets, soit en aménageant des carrés sans paillage (micro-parcelles à la JM Lespinasse) dans lesquels on effectuait les semis de radis, navets, carottes, betteraves, etc.
Pour les repiquages et les semis, la difficulté première était de protéger les plants et plantules d’un rayonnement solaire très intense. Des cagettes, des claies, des feuilles, des herbes… tout y passait pour ombrager pendant les heures chaudes… sinon c’était grillé. Les plantes bénéficiant de l’ombre fournie par quelques arbres disséminés sur le terrain (chêne vert et châtaignier) étaient à ce titre plutôt favorisées. L’agroforesterie prend à mon avis tout son sens dans ces régions très ensoleillées.
Ombre de châtaignier vs ensoleillement maximal. Des cagettes sont utilisées pour protéger les repiquages de salades ou jeunes semis
Les semis en micro-parcelles étaient déjà un peu trop exposés au soleil et à la sécheresse, les germinations étant inégales, et peut-être que des semis en ligne auraient été plus appropriés, bien que moins faciles à réaliser ?
Semis et repiquages ont été effectués sans utilisation de compost ou terreau puisqu’il n’y en avait pas de disponible.
Arrosages
De manière surprenante, on n’a pas eu à s’inquiéter de l’eau : elle est restée disponible tout l’été malgré une sécheresse inquiétante. Le ruisseau où s’effectuait le captage ne s’est jamais arrêté de couler. L’eau était stockée dans une cuve de 1000 litres quatre terrasses au-dessus du jardin, qui pourvoyait largement à nos arrosages quotidiens… avec de la pression en plus !
Tous les soirs on arrosait le jardin généreusement, au tuyau : on n’a pas trop fait à l’économie et on a préféré assurer le coup pour les plantes fragiles et les semis. Les tomates et cucurbitacées étaient arrosées au plus deux fois par semaine. On maintenait aussi le paillage humide pour éviter le dessèchement et accélérer sa décomposition. On utilisait aussi l’asperseur pour diminuer les temps d’arrosage sur les plantes qui ne craignaient pas d’avoir le feuillage mouillé.
Semis spontanés
Des cultures des années précédentes se sont ressemées : cosmos, shiso (basilic japonais) et aneth. Les adventices qui poussaient sur les buttes faisaient l’objet d’un désherbage sélectif : j’aimais bien laisser les pissenlits, chénopodes, et quelques plantes indéterminées que je laissais fleurir pour voir ce qu’elles avaient à offrir. Des matricaires ont d’ailleurs fait une intervention assez musclée sur une des buttes, mais ont été conservées (tant qu’elles n’empiétaient pas trop sur les cultures) pour leur belle floraison, le cortège d’insectes qui en bénéficiaient, et la prolificité du feuillage qui pouvait ultérieurement fournir un paillage des plus appréciables.
Invasion de matricaire
Résultats sur les cultures
Un des gros échecs, ça a été les salades, dont la reprise après repiquage était toujours très difficile : protection indispensable contre le soleil au repiquage, puis développement des plants très lent, pour une montaison à graines très rapide. Même avec un semis direct, le résultat n’était pas souvent fameux. En revanche, les plants en mottes achetés sur le marché prenaient beaucoup mieux. J’imagine qu’on avait tendance à repiquer trop tôt, et qu’il fallait surtout éviter les racines nues. Le sol étant particulièrement séchant, un apport de terreau ou compost aurait probablement facilité la reprise.
Du côté des salades un peu moins conventionnelles, les mizuna japonaises (différentes de la roquette) se sont parfaitement acclimatées et ont rapidement fourni quantité de feuilles tout au long de l’été. Vu qu’on les sentait très à leur aise, on en a repiqué beaucoup et on a profité de cette abondance de feuilles pour pailler d’autres légumes.
La mizuna, une brassicacée à déguster en salade composée, ou à cuire
Paillage de plants de salades en difficulté avec des feuilles de mizuna
Les haricots nains, mange-tout et à écosser, ont bien marché. Les Contender ont produit toute la saison, les Coco Blanc et surtout les Black Turtle ont été très prolifiques, fournissant de surcroît une masse verte abondante. De bons apports pour un sol bien appauvri.
Les haricots nains avaient tendance à empiéter sur les allées, ayant été semés un peu bas sur les buttes, et certains ont dû pâtir de déplacement trop brutaux.
Les haricots à rames, par contre, n’ont pas réussi à grimper sur les jolies installations qu’on leur avait préparées en bambous et longues branches de châtaigniers. On ne les a pas trop aidés en les semant en plein couloir venté, le vent décrochant sans cesse les tiges qui cherchaient à s’agripper aux supports. On les avait semés entre des lignes de maïs, en bordure de terrasse, sur une zone très caillouteuse et jamais travaillée, « grelinettée » et paillée avec de la fougère. Autant dire que ça n’a pas été un grand succès. Mais une fois de plus, ça aura eu le mérite d’apporter de la matière sur une zone nouvellement cultivée.
Lorsque les semis ont bien démarré, on a eu de jolis radis, navets, carottes et betteraves. Bon, ce n’était pas du gros calibre, mais des racines généralement bien saines. Ont particulièrement bien poussé le radis rond (énorme), un gros radis d’été dit fourrager mais qui se mange très bien (le Raifort d’Ardèche), et un radis japonais du type daïkon.
Les choux cabus repiqués dans les zones ombragées par les arbres (sur des buttes montées sur une ancienne zone de compost) ont très bien marché, et ont pommé. Ceux repiqués ailleurs se sont moins plus.
Pour les tomates, on les avait repiquées en sommet de buttes, sans tuteurage et sans taille. Pour les tomates cerise, ce n’était pas franchement une bonne idée puisqu’elles envahissaient littéralement l’espace et les allées. On a pensé qu’il valait mieux en fait les tuteurer (ou les planter en bas de bute et les faire monter), parce que les tiges avaient tendance à descendre vers le bas des buttes (mauvaise irrigation en sève des fruits?), ou à casser quand il y avait des vents forts. Au final, le nombre de pieds a pallié une productivité moyenne. Pas mal de tomates se gâtaient rapidement (zones de pourrissement), mais les récoltes sont restées plutôt bonnes, avec toutefois des tomates pas super « goûtues ».
Pour les cucurbitacées, constat très mitigé. Au démarrage, la végétation et la production ont explosé pour les courgettes. Et puis, au bout d’un mois, une courgette par ci une autre par là… plus grand-chose. On a pu observer un gros ralentissement de la fructification, les courgettes en formation coulaient rapidement. Peut-être avons-nous eu tendance à ramasser les courgettes trop grosses.
Pour les arrosages de cucurbitacées, on a opté pour le matin, avant le lever du soleil, deux fois par semaine.
Contre l’oïdium, début août, on a fait deux traitements au soufre : ça a bien un peu ralenti sa progression au début mais après c’était plus la peine. Petit à petit, à la mi-août, l’oïdium s’est un peu généralisé au jardin : les navets, radis, mizuna, consoude, ont tous pris le blanc. J’associe ça à un coup de mou généralisé au potager. Je me dis qu’après avoir été bien remué pour faire les buttes, le sol avait dû relarguer de l’azote, puis progressivement s’appauvrir au fil des mois, à défaut de nouveaux apports rapidement assimilables.
Mais le temps de cet été a probablement aussi bien joué : très sec, souvent un peu nuageux (ce qui a pu retarder certaines mises à fruits), de grosses cagnes en août, des vents parfois très violents avec quelques gros orages qui ont laissé derrière eux une atmosphère humide.
Avant d’être ravagée, voilà à quoi ressemblait une butte mixte courgettes-courges, ces dernières étant supposées aller se balader dans les maïs et haricots à rames.
Petite synthèse
Si je devais comparer les cultures à plat et celles en buttes, je dirais que ces dernières ont incontestablement été les mieux réussies. Il faut dire que les buttes ont été plus soigneusement épierrées, et que la terre y a davantage été remuée en profondeur (les surfaces plates ont simplement été « grelinettées »). Sur le plat, les rendements ont été quasi nuls.
Par ailleurs, il m’a semblé que le paillage avec les mottes d’herbes arrachées était beaucoup moins approprié que le paillage à la paille ou au foin. La butte essentiellement paillée avec des mottes a eu un rendement très faible comparé aux autres. Mon impression est que ce type de paillage était trop dense et ne permettait pas une bonne respiration du sol et une bonne infiltration de l’eau. Seuls les tournesols semés avant de pailler ont poussé normalement.
Après cette saison de jardinage, le paillage nous a donc paru vraiment indispensable : pour conserver un peu d’humidité au sol, pour réduire les phénomènes d’érosion et pour attirer et favoriser le développement d’une faune sous le sol et en surface.
Sur ce type de terrain, il semble important de travailler sur les espèces et variétés cultivées, au moins pendant le temps de la mise en place d’un système plus fertile (principalement dépendant de la structure du sol, je dirais). Miser sur ce qui marche, produire et apporter de la matière pour enrichir le sol en humus et l’aider à mieux retenir l’eau et les éléments fertilisants. Ce sol ne paraît pas encore tout à fait prêt à accueillir décemment de jeunes salades.
Par ailleurs, l’ombrage de certaines cultures (salades notamment) aux heures chaudes reste indispensable… et pour ça, rien ne vaut quelques arbres dispersés dans le potager.
La vague de froid qui s’abat sur la France n’est pas sans conséquences pour nos jardins. En effet la végétation était déjà très avancée suite à l’extrême douceur de l’automne et du mois de janvier, ce qui la rend très vulnérable à ce froid particulièrement vif. Par exemple, dans le jardin de mes parents, dans le Gers, couvert végétaux et cultures d’hiver vont la grise mine.
Voici l’état des couvert et d’une culture de fèves vers la mi-janvier:
Soit un développement présentant environ 2 mois d’avance par rapport à ce que nous avions observés en 2011! Les fèves avaient déjà été désherbées une fois, alors que d’habitude cette opération attend début mars…
Voilà à quoi ressemble une planche de fèves et pois grimpants à présent:
Les pois tiennent encore la route, mais pas pour longtemps, je crains, bon demain les température devraient remonter, espérons que ça soit bon pour eux.
Quant aux fèves j’ose espérer qu’elle repartirons du pied, mais je n’en suis pas si sûr… On verra bien.
Quant aux couverts, la moutarde a été totalement détruite, heureusement les autres plantes présentes semblent être encore là, espérons qu’elles prennent le relais.
Au pire, on ramène quand même pas de biomasse au sol, c’est toujours ça…
Et chez vous comment ça se passe? Ceux qui jardinent dans des régions plus froides ont-ils des conseils à donner aux méridionaux peu habitués à ce genre d’aléa climatiques?
Pour débuter 2012 sur de bonnes résolutions, Jacques, désormais un invité habitué de ce blog, nous partages ses trucs et astuces pour réduire son empreinte écologique au jardin, alors faisons le plein de bonnes idées!
Je voudrais aborder dans cette chronique un autre aspect de notre démarche commune, nous tous, animateurs et lecteurs du blog « jardinons sol vivant » et ouvrir le débat sur nôtre Empreinte écologique.
Nous sommes tous très attentifs à soigner notre sol, le nourrir de façon naturelle selon différentes techniques, tendre vers la pratique du non labour, ne pas employer de produits issu de la chimie..etc
Dans notre conduite quotidienne, nous devons en permanence nous poser certaines questions : quel est l’impact sur l’environnement ? Combien çà coute ? Y a-t-il une autre démarche possible ? Bien sûr, cela ne doit pas devenir obsessionnel, mais avec le temps cela devient si naturel que nous le faisons sans réfléchir, comme par exemple trier nos déchets.
Chez les jardiniers « sol vivant » nous sommes tous d’accord sur le fait que les intrants extérieurs doivent être réduits au strict nécessaire. Les coûts de production de nos légumes et fruits doivent être le plus bas possible. Sinon mieux vaut les acheter!
Mes visites dans les jardineries se limitent au strict minimum, les tentations sont grandes devant ces rayons surchargés de fournitures en grande partie inutiles au jardinier.
Dans certains cas, on ne peut échapper à leur utilisation, mais leur emploi ne doit pas être systématique.
Pour ma part j’utilise en cas de besoin et à faible dose, la bouillie bordelaise, le souffre, le savon noir et quand les attaques par les limaces et escargots sur les semis deviennent insupportables, du ferramol.
Ceci bien sûr en complément des décoctions de plantes.
Jamais aucun amendement du commerce.
Le jardinier doit développer son sens de la débrouille, de la « récup ». Le matériel et les objets doivent avoir plusieurs vies.
Personnellement, je bricole beaucoup, donc je récupère tout ce qui me semble pouvoir resservir un jour. Cela prend un peu de place mais les économies réalisées sont substantielles.
Certains gestes qui paraissent anodins, mis bout à bout, deviennent importants pour la protection de l’environnement.
J’ai un terrain de 5000m2 avec jardin et verger+ un bois de 3500m2, cela demande un certain outillage à moteur thermique ( motoculteur, tronçonneuse, taille-haie, débroussailleuse, tondeuse, broyeur à BRF, atomiseur pour les traitements des arbres fruitiers et un mini tracteur pour le transport du bois, fumiers, terre…)
Les moteurs de ces matériels sont très polluants, et je dois dire que je culpabilise à les employer. Mais comment faire?
J’ai déjà supprimé depuis plusieurs années le motoculteur, vu que je pratique le non labour il ne m’est plus utile. J’ai aussi réduit considérablement l’emploie du taille haie. Un coupe branche et une bonne cisaille font l’affaire, et le travail est plus propre.
La tondeuse est une auto-tractée et j’ai très peu de vraie «pelouse », quelques dizaines de m2 autour de la maison. Le reste est en prairie que je fauche après floraison.
Comme je fais mon bois, j’utilise la tronçonneuse, elle est incontournable.
L’atomiseur sert 2 à 3 fois par an pour les traitements des fruitiers à l’argile.
J’essaie donc de réduire au maximum l’emploi de ces matériels et je porte mes efforts d’économie sur d’autres postes
Il y a bien sûr l’incontournable récupérateur d’eau. Tout jardinier digne de ce nom doit récupérer un maximum d’eau de pluie ( chez moi la réserve est de 3000L ).
Les toilettes sèches, installées au jardin, sont aussi source d’économie d’eau. Sait-on que près de 20% de l’eau potable part dans les toilettes ? Et que cela représente 60% du retraitement en stations d’épuration? Le compost produit ( en composteur séparé ) sert à fertiliser les arbres et arbustes.
Pour la fabrication de nos toilettes sèches, seuls l’abattant et quatre charnières sont du commerce, tout le reste est de la « récup ».
Tous mes piquets et tuteurs sont en bambous et servent plusieurs années.
Je récupère les ficelles des bottes de foin et paille pour les liens et pour faire grimper les tomates en serre ( seulement celles en sisal, pas les plastiques)
Pour les liquides destinés aux pulvérisation, les collants de dames sont des filtres efficaces.
Ce sont aussi d’excellents liens pour attacher les jeunes arbres aux piquets lors de la plantation.
Les étiquettes pour les semis et plantations sont découpées dans des cageots de bois récupérés en grande surface. Elles peuvent ensuite partir au compost.
Les godets me sont fournis par des amis qui ne les réutilisent pas.
Pour attacher – tomates, poivrons, aubergines… – je découpe dans les vieux tee-shirt en coton
des bandelettes de 2cm de large. Le coton étant biodégradable tout part au compost.
Quand je ramasse les légumes, je les lave au jardin avec l’eau de pluie dans un bac destiné à cet effet. Ainsi je récupère la terre que je restitue au jardin.
Une partie des bois de tailles font du BRF, avec le reste je fais des fagots qui servent à chauffer le four à pain.
Voilà quelques trucs et astuces pour réduire les coûts et impacter le moins possible l’environnement.
Je compte sur vous tous pour nous donner les vôtres et ainsi faire profiter au plus grand nombre.
Je vous propose aujourd’hui de vous partager une observation faite dans mon jardin sud-ardéchois sur une planche semée de pois gourmand et céréales (orge et triticale, comme tuteurs).
Vue générale de la planches de pois gourmands tells qu’elle se présentait le 13 janvier
Et en regardant de près le sol, voilà ce qu’il apparaît (cliquer sur l’image pour l’agrandir) :
La partie gauche est l’inter-rang dont j’ai dégagé le paillage pour la photo et la partie gauche est un rang de pois, à un endroit où ceux-ci ne sont pas sortis (Endroit choisi pour la clarté de la photo, mais c’est pareil partout ailleurs).
Il est flagrant que l’état de surface de l’inter-rang est de bien meilleure qualité que celui du rang. Quelles sont les différences de traitement entre les deux zones?
– L’inter-rang a été juste sarclé à la binette (travail du sol sur 1 ou 2 cm à peine) puis légèrement paillé avec les résidus du sarclage ;
– Le rang a été sarclé, puis j’y ai ouvert un sillon au transplantoir, réalisé le semis et enfin refermé le sillon et tassé avec le pied.
C’est pas bien violent comme travail et pourtant la surface apparaît aujourd’hui fermée, sans porosité et se voit coloniser par les algues vertes (pas les mêmes que celles des plages bretonnes, bien entendu 😉 !)…*
J’avais l’habitude des terres gasconnes bien argileuses et abritant des myriades de vers de terre et là ces derniers avaient de toute façon tôt fait de restructurer les légères perturbations dues au semis, mais ici, sur les sols sableux des gréseux du Sud-Ardèche, ça ne marche pas pareil… J’ai l’impression que le sol n’a pas aimé être tassé puis laissé tel quel. Alors, je retiens la leçons, sur un tel terrain, il est indispensable de pailler le moindre centimètre carré, fût-ce avec un paillage très léger ! Bon ça n’empêche pas les pois de pousser, mais quand même ça ne me plaît pas !
Avez vous des observation similaire ou contradictoires à nous partager? Alors rendez vous dans les commentaires ci-dessous!
Voici un nouvel article invité écrit par un de mes correspondants bretons: Gilles Bernard qui avait déjà contribué à mon blog cet été. Le voici de retour avec un article expliquant sa production de compost à basse température pour pour réaliser ses semis en godets.
En jardinage naturel, les pratiques sont variées, et à côté des puristes (comme Gilles 😉 ) qui limitent leurs apports organiques aux seuls compostages de surfaces, il y a ceux qui, ponctuellement, « aident » la nature par quelques apports de compost.
Je fais partie de cette deuxième catégorie, et cet apport s’opère via les godets de plantation. Je privilégie en effet, chaque fois que possible, un semis en godets de compost pur opéré en mini-serre.
Le jardinage est toujours affaire de compromis : entre le « laisser faire la nature » et risquer de voir les légumes céder le pas aux adventices et au prédateurs, et le « tout contrôler à tout prix » et risquer de créer un milieu de culture purement artificiel, j’ai opéré cet arbitrage consistant à mener la phase de démarrage des plants sous parfait contrôle en serre pour ensuite livrer la plante à son développement naturel sans la moindre intervention dans la phase de plein air.
Je vois dans cette pratique plusieurs avantages :
plantations précoces,
meilleur contrôle des prédateurs, limaces en particulier,
contrôle des adventices,
travail à hauteur
raccourcissement du cycle végétatif de plein air et donc possibilité d’enchaîner jusque 3 récoltes par an dans les carrés.
Du coup se pose pour moi la question de l’approvisionnement en compost, car pour 100m² de carrés potagers, il me faut garnir dans les 2000 godets, soit un besoin de 300 litres de compost bien mûr tamisé.
Je pratique le compostage en tas, et recycle tout ce qui peut me tomber sous la main.
Pas un article sur le compostage qui ne parle d’une forte montée en température dès les premiers jours, gage indiscutable d’un compost réussi. Des températures de 50 à 70° apparaissent comme un passage obligé : un beau tas de compost est un compost qui fume.
Pourtant, dans la nature, rien de semblable : imaginez une forêt dont le sous-sol monterait pareillement en température ! Adieu cèpes et girolles, adieu scarabées et salamandres… Il y aurait bien le tas de foin mouillé», ou le tas d’algues vertes sur les côtes bretonnes qui chauffent eux aussi très fort, mais rien de bien naturel dans ces situations, en tout cas pas de celles qu’on voudrait reproduire au jardin.
Pourtant le dogme est là : il faut que ça chauffe !
Très attaché à suivre ces préconisations académiques, je me suis moi-même employé, pendant des années, à réunir les conditions pour faire de mon compost une véritable « centrale thermique » : matières vertes à l’excès, humidité, aération.
Pourtant, un jour, un tas a « foiré », les températures restant désespérément basses. Arrosage, retournement, rien n’y a fait ! Délaissant ce tas de compost facétieux et retors, j’ai fini par l’oublier au fond du jardin. Puis vint le jour où me décidant à recycler ces matériaux, ne serait-ce que pour faire de la place, surprise, j’ai découvert un compost bien noir, mûr à souhait, à l’odeur d’humus prononcé.
Puis au fil des années, le phénomène s’est reproduit de façon fortuite, une fois, deux fois et chaque fois ce même résultat : l’un des plus beaux composts jamais obtenus.
D’où cette interrogation : ce dogme ne serait-il pas tout simplement le reflet d’une société où on doit à tout prix gagner du temps, reproduisant au jardin des réflexes de productivité qui n’y ont pas leur place !
les matériaux ont été rassemblés sur l’aire de compostage : végétaux aquatiques (ici, du cresson issu de ma mare), BRF (branches de pommiers et de figuiers récupérées chez un voisin ), litière de volaille peu chargée, algues (en bord de mer, la récolte des algues en échouage est une véritable aubaine pour les jardiniers), vieux compost
Si comme moi, vous pensez que le jardinage naturel c’est aussi la réappropriation du temps long, et pour peu que vous soyez tentés de reproduire le phénomène d’humification naturel vous déciderez peut être un jour de conduire votre tas de compost en basse température.
Si l’expérience vous tente, voici quelques conseils issus de plusieurs années de pratique :
Varier les matériaux : un tas de compost composé d’un seul élément devient rapidement ingérable et un assemblage de 5 matériaux différents me semble un bon compromis.
Combiner intelligemment déchets carbonés et déchets azotés. On associera en strates successives les matières carbonées (brunes, dures, et sèches telles que feuilles, vieux foins, pailles, litières peu chargées, BRF) et les matières azotées (vertes, molles, déchets ménagers, tontes, mauvaises herbes, plantes aquatiques…)
les matériaux sont assemblés en tas par couche successives de quelques centimètres d’épaisseur
Ne pas trop arroser, voire ne pas arroser du tout. La fermentation basse ne s’accompagne que d’une très faible évaporation d’eau, à la différence des fermentations hautes. De plus, un excès d’eau diminue la quantité d’air contenu dans le compost, et peut conduire au développement de processus anaérobie s’accompagnant de composés volatils nauséabonds (méthane, hydrogène sulfuré, ammoniac)
Aménager des zones tampons : prévoir de façon régulière une strate d’un matériau présentant une bonne inertie thermique : une couche constituée de quelques fourchées de vieux compost constitueront un obstacle à la « propagation » des hautes températures. Un BRF sec (obtenu à partir de fagots fanés, ou BRF vert étalé au grand air pendant quelques jours) jouera un rôle équivalent.
Aérer le tas : les japonais placent verticalement dans leur tas, au moment de l’assemblage, quelques bambous qui seront retirés après 2 ou 3 jours, constituant autant de cheminées d’aération.
le tas terminé fait une belle hauteur, il se tassera d’un bon tiers en 1 mois
Voici quelques éléments d’explication un peu plus techniques :
Dans un compostage à chaud, la rapide montée en température correspond à une multiplication rapide des bactéries mésophiles (aptes à vivre dans des températures de 30 à 50°) puis thermophiles (aptes à vivre dans des températures de 50 à 90°), bactéries qui dans le processus de dégradation de la matière organique vont rapidement s’attaquer aux composés les plus dégradables (glucoses, amidons…).
Suit, après quelques semaines, une deuxième phase dite de « maturation » : tandis que les températures se stabilisent entre 30 et 50°, une nouvelle génération de bactéries associée à des champignons et des actinomycètes va engager la dégradation des composés les plus résistants (celluloses lignines…), et progressivement mettre en œuvre la biosynthèse des composés humiques.
Dans notre compost « raté », nous avons sauté la première étape, et les micro-organismes de la phase maturation ont assuré seuls le processus d’humification.
Pour conclure, je vous propose de balayer quelques objections « faciles » :
Objection n° 1 : les graines de mauvaises herbes habituellement détruites dans la phase de chauffe ne seront pas détruites dans le compostage à froid. Mon expérience personnelle me fait dire que quelles que soient les méthodes de compostage, le jardinier n’échappe pas au sarclage, malheureusement, et je n’ai pas remarqué que les adventices soient plus ou moins présents avec ce compost.
Objection n°2 : les éléments pathogènes habituellement détruits dans la phase de chauffe ne seront pas détruits dans le compostage à basse température. Hormis le cas d’incorporation de résidus de toilettes sèches qui appellent la plus grande prudence, et ce quelle que soit la technique de compostage utilisée, je ne vois pas quels éléments pathogènes pourraient être préoccupants.
Objection n°3 : le temps de compostage est singulièrement rallongé. En fait, pas tant que ça, et 6 mois suffisent pour obtenir un compost acceptable, 1 an de maturation étant quand même l’idéal
toute la basse-cour est très intéressée par l’opération!
Je n’ai pas l’habitude de tenir un discours de militant politique, mais l’actualité nous rattrape et une loi votée le 28 novembre dernier par le parlement français m’amène à écrire le texte qui suit.
Qui se doute que la loi sur les semences récemment voté aggravera le risque d’insécurité ? Cette loi est-elle en conformité avec les principes de durabilité que tout le monde est en droit de voir appliquer ? Il est fortement permis d’en douter !
Que s’est-il passé exactement le 28 novembre ?
Tout simplement le vote d’une loi qui oblige les agriculteurs français à se mettre en conformité d’un règlement européen datant de 1993. Celui-ci stipule que tout agriculteur qui réutilise une partie de sa récolte pour la ressemer, c’est-à-dire qui utilise de la « semence de ferme », devra payer une redevance, fixée pour le moment à 3€/ha et destinée à financer la recherche (comprendre : les multinationales de la semence). Plus précisément, cette redevance, dite « contribution volontaire obligatoire » (sic !) s’applique pour 21 espèces en plus du blé tendre (espèce pour laquelle elle était obligatoire depuis 2001), pour peu que la semence utilisée aie été sélectionnée depuis moins de 25 ans. Plus grave encore, en dehors de ces espèces, l’utilisation des semences de fermes est purement et simplement interdite (cas du soja et de la totalité des légumes), cette interdiction s’applique également pour les couverts végétaux, mettant ainsi en péril le développement de techniques extrêmement prometteuses mais encore mal maîtrisées. Cela risque de plus de retarder les objectifs de la directive nitrates qui demande une couverture des sols à 100% en période d’interculture. Le meilleur moyen de réussir cet objectif crucial pour la société ne consiste t-il pas à ce que l’agriculteur, dans sa phase d’apprentissage, ressème au moindre coût et en toute simplicité sa propre semence ?
Sur tout cela on ne peut rien, c’est voté et il faudra désormais s’y conformer ou être hors la loi ! Et inutile d’espérer quoi que ce soit d’une éventuelle alternance politique car l’opposition, pourtant forte de sa récente conquête du sénat n’a même pas été capable de faire contester un amendement du projet. Cela aurait permit de renvoyer le texte dans cette dernière assemblée qui aurait alors pu le rejeter ! La seule solution est donc d’alerter au maximum l’opinion publique dans toute sa diversité en expliquant au mieux le thème de la semence qui nous concerne tous, même ceux qui vivent toute l’année au milieu du béton des villes et ne mettent jamais les mains dans la terre ! Il s’agit là ni plus ni moins que de l’enjeu de notre sécurité alimentaire !
La sécurité alimentaire des peuples dépend des semences de fermes
Pour bien comprendre cela, je vous invite à vous pencher sur les différents types de semences qu’utilisent les agriculteurs :
– Les semences depopulation sont des mélanges de plusieurs lignées. Elles sont la réserve de biodiversité des gènes. La culture des populations permet d’identifier des lignées performantes dans un milieu et un climat donné.
– Les lignées sont des plantes d’une même espèce qui présentent un ensemble de caractères homogènes et stabilisés. Elles sont issues des populations, et sélectionnées pour répondre à une problématique précise. Il est possible d’améliorer la rusticité ou la sensibilité d’une plante aux maladies. Une lignée se reproduit à l’infini par reproduction autogame. Une variété est une lignée sélectionnée à laquelle on a simplement donné un nom.Il est possible de facilement reproduire ces semences, elles peuvent être améliorées si l’on continue leur sélection.
– Les hybrides F1 sont issus du croisement de deux lignées, ce sont en quelque sorte des « métis » végétaux, la grande différence entre eux et les lignées provient de l’homogénéité exceptionnelle de la 1ere génération hybride F1 qui bénéficie de surcroit de l’effet hétérosis qui améliore, selon les types de plantes, la production et la rusticité. Cependant, le semis des semences issues d’hybrides (2e génération F2) exprime à nouveau l’hétérogénéité des lignées parentes, moins performantes (perte de l’effet d’hétérosis, lois de Mendel), supprimant l’intérêt de la réutilisation des semences par l’agriculteur.
– Enfin les OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) sont des plantes auxquelles on « colle » un gène au génome afin d’apporter une réponse rapide face à une problématique donnée. Les plantes OGM de première génération intègrent, dans la majorité des cas, un gène de résistance à un herbicide ou un ravageur.
Les deux premiers types de semences (populations et lignées) existent depuis les débuts de l’agriculture et peuvent être reproduits sans difficultés par les agriculteurs. Ils doivent cependant maintenir la qualité des semences et les améliorer constamment. Ce travail de maintient et de développement de la diversité génétique se réalise aussi bien par l’industrie semencière que par les agriculteurs. Ces semences permettent, dans tous les cas, de répondre rapidement à un besoin alimentaire. Elles garantissent la compétitivité, la réactivité et la performance économique de l’agriculteur en même temps que la sécurité alimentaire pour la société. En effet, en cas de pénurie de semences, la mise en culture est immédiate et les résultats garantis.
Les deux autres types (hybrides F1 et OGM) sont issus du travail de développement de l’industrie semencière depuis 100 ans environ. Ces semences permettent d’améliorer la production globale. Elles améliorent aussi l’offre de diversité génétique. Leur obtention nécessite un long travail de sélection, difficile et parfois aléatoire, que rémunère le prix. Leur production doit être renouvelée tous les ans. Ce travail spécifique de production de semence peut être aléatoire car soumis au climat. Les semences de mauvaises qualités, non conformes, ne peuvent alors plus être commercialisées. Un risque de pénurie existe bel et bien. Même si ces semences s’avèrent très performantes, notamment les hybrides, elles sont soumises aux stratégies commerciales des firmes. Elles ne peuvent donc pas constituer l’essentiel de la stratégie de développement autour de la sécurité alimentaire.
Il y a là une problématique non évoquée et non résolue par la loi.
Comment avoir une stratégie d’agriculture durable qui garantisse l’approvisionnement et la sécurité alimentaire des peuples ?
Le regard porté sur les différentes semences montre qu’il serait suicidaire pour une société de s’en remettre aux seules ingénieries commerciales de brevetage du vivant. Les technologies sont actuellement déjà rémunérées par les règles commerciales. Une stratégie d’agriculture durable implique que l’agriculteur puisse avoir accès sans restriction à son patrimoine génétique traditionnel, c’est-à-dire aux semences de populations et de lignées. Cet accès au semis sans restriction doit être un véritable service public compte tenu du service rendu au public par les agriculteurs. La sécurité alimentaire impose un accès sans conditions à ces semences. Ces semences hébergent le meilleur potentiel de réactivité !
Quelle est la réalité d’un système commercial en cas de problème majeur, une crise économique, une catastrophe ou un conflit ?Que se passerai-t-il si les multinationales détenant le monopole de la semence venaient à faire faillite ? Il est aisé de comprendre que la technologie n’est sans doute pas apte à répondre au souci élémentaire de réactivité et de sécurité.
Imposer le paiement de taxes sur ces semences semble être un bien mauvais choix. Ce système de mutualisation ne permet en aucune sorte de garantir la sélection de semences de qualité par les obtenteurs. Un simple regard sur les pratiques de sélection ayant entrainé une perte de rusticité des semences pour accroitre la dépendance des agriculteurs à la phytopharmacie durant les 20 dernières années montrerait aisément les dérives et les complicités passées.
Comment continuer ?
S’il semble acquit qu’une taxe ne résoudra pas le problème que pose le devoir de durabilité, il faut bien organiser la préservation et la sélection des semences de population et de lignées.
Il faudra inventer un nouveau modèle de sélection et de production. La régionalisation et l’adaptation des semences aux différentes situations, semble être la meilleure solution. La sélection locale permet l’adaptation locale et, en même temps, une très forte diversité compte tenu des nombreux territoires existants. Cette réserve et cette diversité génétique profiteront aussi bien aux agriculteurs qu’aux semenciers. Ceux-ci n’auront qu’à piocher dans le fond génétique développé afin de proposer de nouvelles solutions technologiques encore plus performantes aux clients visés. La durabilité est une question de responsabilité. Ainsi, il semble logique que les semenciers, principaux bénéficiaires des lignées pour leur technologie, en financent aussi le développement. Mais cette proposition comporte en contre partie que les innovations puissent se développer en toute sérénité conformément aux règles sanitaires édictées.
La société doit mener ce débat. Il en va de sa sécurité alimentaire !
Vous pouvez reproduire ce texte à volonté pour faire connaître ce problème autour de vous, en espérant que l’opinion publique amène ce débat au devant de la scène politique